Sur la diffusion tardive de la vidéo d’un accident de Michael Jackson (1984)
Publié le 19 juillet 2009 (modifié le 10 janvier 2010) par Erwan
Étonnante apparition, un quart de siècle après les faits, d’une vidéo montrant l’accident dont a été victime Michael Jackson, le 27 janvier 1984 au Shrine Auditorium (Los Angeles). Lors du tournage d’un film publicitaire pour Pepsi, des feux d’artifices avaient gravement brûlé le cuir chevelu du « roi de la pop ».
Cette courte vidéo inédite (1’31”) m’a troublé, moi l’ex-fan de Michael Jackson, jeune adolescent à l’époque, qui m’étais ému de cet accident mais n’avais pu que l’imaginer… jusqu’à présent. La soudaine sortie de terre de ces images, tel un mort-vivant du clip de Thriller, a de quoi piquer ma curiosité.
La publication initiale de cette fameuse vidéo, par le site web de la revue people US Weekly (USmagazine.com), remonte au 15 juillet dernier. Au moment où je consulte la page web d’où tout serait parti, la vidéo n’y est plus consultable (gratuitement en tout cas). Mais elle a été abondamment reprise et copiée, notamment sur YouTube. Sur cette plateforme, la copie la plus vue à ce jour est celle-ci [1] :
Qui a tourné les images de cette vidéo, et pourquoi paraissent-elles seulement en juillet 2009 sur le site d’un magazine américain (après l’ajout de son logo et très probablement de ses commentaires textuels sur les images) ? Mon premier réflexe est de regarder du côté de l’annonceur, PepsiCo. Toutefois, selon les indications livrées à un autre magazine par une porte-parole de la marque Pepsi (Nicole Bradley) dès le lendemain de la diffusion de la vidéo ci-dessus, PepsiCo dément être derrière ce coup médiatique :
« Nous ne savons pas comment ces images sont devenues disponibles. Vingt-cinq ans après, nous aimerions savoir pourquoi quelqu’un voudrait partager des images si effrayantes. Cela a été un événement terrifiant, que nous n’oublierons jamais. » [2]
À la réflexion, il ne semble pas très souhaitable pour l’image de PepsiCo de rappeler cet épisode, dont elle a été jugée responsable puisqu’on sait qu’elle a versé 1,5 million de dollars de dédommagements à Michael Jackson. En outre, USmagazine.com n’y va pas par quatre chemins et présente cette vidéo inédite comme l’origine de l’addiction de Michael Jackson « à la pillule » [3]. Comment les tenants de Pepsi voudraient-ils chercher à afficher aujourd’hui la marque comme responsable indirecte de la déchéance, voire de la mort de Michael Jackson ?
Revenons à la réalisation des images (en notant préalablement que leur authenticité n’est pas mise en cause a priori par la porte parole). J’évacue d’emblée une autre hypothèse, envisageable seulement in abstracto à mon sens : les images auraient été tournées par un (ou plusieurs) des 3.000 fans composant le public du pseudo concert des Jacksons, formé pour les besoins de la publicité (voir ou revoir la publicité Pepsi sur YouTube.). Cette piste semble fort peu crédible : bon nombre des images composant la vidéo inédite ont été prises de l’arrière de la scène, en haut de l’escalier que Michael Jackson a descendu à plusieurs reprises. Les images les plus croustillantes, pour s’en tenir à elles, ne pouvaient avoir été tournées par des amateurs, apparemment tous (logiquement) massés devant la scène.
Considérant que les images de la vidéo inédite ont été prises depuis de multiples points de vue parfois fort distants (de l’avant et de l’arrière de la scène) ; considérant aussi que les images filmées de l’arrière semblent parfois prise par une caméra apparemment posée sur un pied, voire fixée à une grue ou quelque autre dispositif mobile [4], il y a peu de doutes : ces images ont probablement été filmées par l’équipe de tournage de la publicité, pour la publicité. Pourtant, selon le même article que celui cité plus haut, PepsiCo semble traiter l’affaire un peu par-dessus la jambe :
« Madame Bradley a également dit que sa compagnie n’essaie pas actuellement de faire supprimer la vidéo et qu’elle pourrait bien ne pas en détenir les droits. ‘Nous ne savons pas d’où cela vient’, dit-elle. ‘Nous ne savons pas ce que sont ces images. Elles datent d’il y a 25 ans. Nous ne savons pas qui les possède, donc nous n’avons aucun recours possible autant que je sache. Je ne peux vous dire que ce que je sais. Nous n’avons pas ressorti ces images et nous ne savons pas d’où elles viennent.’ »
Ces propos laissent à penser que les images ne seraient pas considérées par PepsiCo comme tirées de « chutes » datant du jour du tournage, sur lesquelles PepsiCo devrait théoriquement détenir des droits en tant que commanditaire de la publicité. Cette prudence serait-elle liée au manque de recul par rapport à la publication de la vidéo inédite ? Le peu de curiosité affiché par PepsiCo a aussi de quoi étonner. Aucune tentative de plainte contre x ? Sur un forum, je trouve une personne qui trouve cela fort curieux, comme moi.
Pourtant, outre que PepsiCo aurait de quoi estimer qu’on a nié ses droits en publiant cette vidéo inédite [5], du point de vue extérieur qui est le mien, il y a maintes autres bizarreries. Bien que les images de la vidéo inédite semblent provenir des caméras du tournage [6], les images retenues dans le film publicitaire final (voir lien en gras proposé un peu plus haut) ne sont jamais prises de l’arrière de la scène, et rarement d’en face (sauf un bref passage dans lequel on voit Michael Jackson en haut des marches, en contre-plongée, sur fond de feux d’artifices, vers 0’25”).
Pourquoi de telles lacunes, parmi d’autres, dans la publicité, alors que des caméras étaient bel et bien situées à ces places « évidentes » [7], et ont effectivement enregistré des images, de dos et de face ? Pourquoi, finalement, si peu de plans frontaux, correspondant au point de vue des fans, au profit d’images souvent prises depuis les côtés (en plongée vers la scène ou vers la foule) ? D’autant que ces images sont parfois d’une qualité douteuse. Pourquoi aussi ces « plans-portraits » sur scène des frères (de 0’39” à 0’48”), et jamais vraiment de Michael, la megastar. Alors que les images des caméras de front et de dos — dont la présence est révélée par la vidéo inédite — auraient permis de le faire. Alors que tout le début du film publicitaire s’emploie à ménager cette apparition sur scène de la megastar, dans toute sa virtuosité, dans toute sa splendeur.
De cette comparaison entre les deux documents et de ces questionnements, une nouvelle hypothèse émerge : les images prises par ces caméras (en face et dans le dos) auront été saisies, pour les besoins de l’enquête sur l’accident de Michael Jackson. Et le film publicitaire, lui, n’aura vraisemblablement pu être réalisé qu’avec les images prises avec les autres caméras (elles auront moins intéressé les enquêteurs) ou réalisées après l’accident ; ce qui, au-delà de l’accident en lui-même, contribuerait aussi à expliquer la piètre qualité de la publicité. On peut difficilement nier que la caméra située à l’arrière, notamment, avait une position privilégiée s’agissant de comprendre et d’expliquer l’accident, y compris à la victime elle-même. Pourquoi se priver de telles pièces à conviction ?
Cette hypothèse pointe (encore très vaguement, certes) une origine possible des images les plus scoopesques composant la vidéo inédite : le dossier de l’enquête sur l’accident, tout simplement. La nature juridique d’une telle piste n’est peut-être pas étrangère au fait que ces images apparaissent, comme par hasard, trois semaines seulement après la mort de Michael Jackson… Je peine en tout cas à imaginer, si tout cela venait à se confirmer, que PepsiCo, ne connaisse pas du tout ces images.
Je remarque enfin que cette vidéo voit le jour assez peu de temps après la « fuite » d’une autre image des dossiers de la police de Los Angeles (cette fois fort peu de temps après les faits) : la photographie du visage tuméfié de la chanteuse Rihanna, suite à un « incident » avec son « ami » Chris Brown, survenu le 8 février dernier. Jusqu’où iront « journalistes » et « hommes de loi » pour faire du fric, séparément ou ensemble ?
Notes :
- Le million de visionnages de cette copie a été dépassé dans la journée du 18 juillet. Je remarque que l’image a été élargie en passant sur YouTube ; son format initial est apparemment le 4:3, tel que le présente le site Rollingstone de son côté. [retour]
- [ANG.] « Exclusive: Pepsi responds to Michael Jackson accident footage. ‘Why would anyone want to share such frightening images?’ », Entertainment Weekly, 16/07/2009. [retour]
- Titre associé à la vidéo sur le site du magazine : « How Michael Jackson’s Pill Addiction Began ». De nombreuses sources évoquent aussi cet accident comme le point de départ de nombreuses opérations chirurgicales. [retour]
- Cf. le bref passage vers 0’22” : un travelling est réalisé en hauteur, derrière les projecteurs. Il est également possible qu’il y ait eu plus d’une caméra derrière la scène, dont une sur une louma par exemple. [retour]
- Mais au fond, qui me dit qu’on les a vraiment niés ?… Pepsi a peut-être discrètement donné son accord pour la diffusion de cette vidéo. [retour]
- Je note encore qu’entre les images de la vidéo inédite et celles du film publicitaire final, on retrouve une « manie » : celle qui consiste à combiner une rotation horizontale ou verticale sur un pied et un zoom. [retour]
- Cf. les fameuses notions de champ et de contre-champ, et plus largement tout ce qui relève d’un dispositif de tournage classique. Les premières images comparables auxquelles je pense sont celles du film Shine a light (Martin Scorcese), dédié à un concert des Rolling Stones. [retour]
Articles comparables sur le blog :

Billets du blog | Ajouter un commentaire
Sur la gestion des commentaires, lire la page A propos.
