Sarkozy s’affiche entre inspiration et différence (3/3)
Publié le 6 mai 2007 (modifié le 10 janvier 2010) par Erwan
Où Nicolas Sarkozy veut-il en venir, avec sa première affiche de campagne qui fait penser la « force tranquille » de François Mitterrand ? Dans cette troisième partie d’un essai d’analyse de ce message visuel, j’apporte quelques éléments nouveaux et tente une reconstruction de l’intention des auteurs.
Première partie (1/3) : ici.
Je fais ici un bilan commenté de l’analyse comparative effectuée précédemment, en structurant toujours le propos autour des différences puis des ressemblances entre les deux affiches.
Les différences inévitables… et les autres
Avant toute chose, après la question du « timing », vue dans la partie 2/3, il est temps d’apporter un autre éclairage dont les seules affiches ne rendent pas compte. Deux différences importantes entre l’une et l’autre sont le fait de contraintes légales.
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D’abord, l’affiche de N. Sarkozy ne peut être composée de deux affiches de 4 x 3 mètres, contrairement à celle de F. Mitterrand, puisque désormais la loi l’interdit. Un « mémento à l’usage du candidat » à la présidentielle, consultable sur le site du Conseil constitutionnel, précise que chaque candidat ne doit faire poser ses affiches que sur les panneaux électoraux. Il indique aussi que tout candidat « qui aura bénéficié, sur sa demande ou avec son accord exprès, d’affichage ou de publicité commerciale ne respectant pas les dispositions des articles L. 51 et L. 52-1 [du code électoral, ndr] sera puni d’une amende […] et d’un emprisonnement d’un an, ou de l’une de ces deux peines […] ». Bien que nos murs aient été souvent tapissés d’affiches illégales cette année encore, utiliser les réseaux d’afficheurs officiels aurait constitué une borne que l’on voit difficilement franchie par le ministre de l’intérieur alors encore en exercice… Ensuite, il est également rappelé aux candidats que sont interdites « les affiches imprimées sur papier blanc ou comprenant une combinaison des couleurs bleu, blanc et rouge à l’exception de la reproduction de l’emblème d’un parti ou groupement politique ».
Deux enseignements peuvent être tirés de la prise en compte de ces contraintes. D’une part, sauf erreur de ma part, rien n’incitait l’UMP à faire faire une affiche d’un format correspondant à celui l’affiche panoramique de 1981, sauf à chercher à faciliter le rapprochement entre les deux affiches. D’autre part, l’interdiction de combiner ensemble toutes les couleurs du drapeau français explique que cette référence ait disparu de l’affiche de 2007. Nous avons pu constater par ailleurs, en découvrant la couverture du livre Ensemble, édité début avril, que son auteur N. Sarkozy est loin d’avoir renoncé au drapeau tricolore.
L’homme-église et l’homme-oiseau
Au-delà des ressemblances largement soulignées, notre analyse a donc fait émerger de nombreuses différences fortes — souvent des oppositions — entre les deux affiches.
Revenons d’abord sur les deux slogans, lieux de nets différences. La photographie du candidat socialiste illustre un mot du slogan en particulier (la « force »), tandis que le candidat de l’UMP est plutôt porteur d’un élément de ponctuation, correspondant à un moment de respiration (la « cravate-virgule »). L’un semble se faire présenter tandis que l’autre nous parle directement. L’un incarne déjà son pays, il est d’une certaine façon déjà président ; l’autre se montre d’abord en rassembleur (« ensemble »). L’un dit vouloir protéger, maintenir en l’état ; l’autre veut et peut libérer (sous condition du vote), évoque l’envol et le changement.
Les affiches s’opposent aussi par le style et les penchants des candidats. L’incarnant et le guide accompagnateur. Le rural et l’urbain. Le sédentaire (bien qu’il semble quitter le village…) et le nomade (bien qu’il soit en costume de ville…). Le rose-rouge de gauche et le bleu-blanc de droite. Le terrestre et le céleste. « L’homme du passé » et celui qui évoque davantage l’avenir. L’indifférent et celui qui regarde le spectateur électeur dans les yeux.
Les différences s’estompent-elles lorsque l’on considère le décor campagnard dans lequel s’inscrivent les candidats ? Nous pouvons en tout cas différencier d’un côté un climat dégagé, chaleureux bref, estival, et de l’autre un climat plus frais et nuageux, que l’on peut associer au printemps, ou peut-être à l’annonce de l’automne. S’il fallait rapprocher les candidats d’un seul élément de ce décor, F. Mitterrand serait une église et N. Sarkozy serait un oiseau…
Et puis n’oublions pas ce village, qui disparait d’une affiche à l’autre, pour laisser place à la seule nature. Ce village qui, compte tenu des ressemblances entre les deux affiches, fait immanquablement partie de mon « horizon d’attente » et qui, du coup, créé un vide voire un manque [1]. Son absence m’intrigue, voire m’inquiète.
Deux avenirs et un choix à faire
Comment interpréter ces multiples différences ? Bien sûr, sur les plans économique et social, l’époque n’est plus vraiment la même. Il semble difficile pour un candidat à la présidentielle en 2007 de ne pas faire écho au besoin de changement qui traverse la société française. L’affiche répond très bien à cette demande d’action, de modification, tout en prenant la précaution de rester feutrée, bucolique. Une vraie « rupture tranquille » [2] … Une campagne telle que celle de F. Mitterrand en 1981, s’affichant en profond conservateur, semble impossible aujourd’hui. Rien que pour cela, les deux affiches ne pouvaient être trop semblables. À travers la sienne, N. Sarkozy témoigne donc de son temps, mais son témoignage a aussi une dimension partisane non négligeable.
Je souligne deux autres différences entre les affiches :
- sur l’affiche de 1981, la France que l’on nous montre va bien, uniformément. Au contraire, sur celle de 2007 le paysage visible dans le dos du candidat (à droite) est à la fois menacé et menaçant. Loin de certains discours lus ailleurs, parlant d’un paysage intégralement et définitivement « rassurant », je vois au contraire dans le cadre champêtre du candidat quelques raisons d’être inquiet : village attendu et absent, temps incertain, arbres se raréfiant, chemin pentu dont on ne sait où il mène… C’est dans une large mesure une terre à fuir que l’on nous montre à droite de l’affiche, dans la partie basse. Et pour cause.
- pour échapper à la triste réalité champêtre que je viens d’évoquer — et qui nous renvoie à ce plus petit dénominateur commun politique qu’est le thème de l’écologie [3] — le spectateur-électeur semble amené à faire un choix. C’est là une autre différence avec l’affiche de 1981, qui nous imposait à peu près un univers cohérent et un seul [4].
Dans un premier temps, il s’agirait pour le spectateur électeur d’accepter ou non la proposition du candidat que l’on croit comprendre : rejoindre avec lui, donc « ensemble », cette forêt derrière laquelle on devine un soleil radieux.
La forêt est une évocation (volontairement atténuée) du parti de N. Sarkozy, l’UMP, dont le symbole est un arbre. Un amalgame est établi entre le parti et ce « sanctuaire naturel » qu’est la forêt. D’ailleurs, en comparant les affiches de 1981 et 2007, on peut légitimement penser que la forêt à la droite de N. Sarkozy est l’équivalent, le substitut dans l’autre camp de l’église (cette dernière était le lieu de rassemblement des « fidèles » Français, mais plutôt à la gauche de F. Mitterrand). Tout ces déplacements ne sont pas neutres, et nous confirment que la forêt est tout sauf un simple élément de décor…
La forêt qui cache l’arbre
Le site Dailymotion propose quelques témoignages vidéo amateur de l’investiture du candidat de l’UMP, le 14 janvier. L’un d’entre eux [5], parmi d’autres sans doute, permet de découvrir les images qui étaient projetées sur la scène, peu avant l’annonce de l’élection de N. Sarkozy par les adhérents (voir juste avant le compte à rebours de 60 secondes). Parmi ces images, un arbre apparaît brièvement sur une colline. Son traitement graphique est sensiblement le même que celui de notre décor. C’est sans doute un chêne, qui évoque clairement le logo de l’UMP. Logo dont la reproduction partielle (sans l’arbre) couvrait toute la scène, peu avant. Une transition entre le temps de la discussion interne au parti et le temps de la campagne, où l’on s’adresse cette fois à toute la France, sans aucun logo. Sur l’affiche, revenons-y, les arbres sont plus petits et de forme différente, plus longilignes. Le 14 janvier, les adhérents de l’UMP ont donc pu bénéficier d’une sorte de « clé de compréhension » de l’affiche. Dans la conscience de nombreux autres Français, la forêt sous le mot « ensemble » sera sans doute restée un vague symbole de rassemblement… au mieux.
Une fois le regard revenu à la forêt, il n’y a qu’à suivre l’épaule droite du candidat (sombre comme les arbres de la forêt), puis, de l’autre côté de la tête du candidat, dans le prolongement de cette épaule, à suivre le contour montant d’un nuage blanc, et vous voilà dans le ciel. Sur les traces de l’oiseau. Mais au niveau de la nuque du candidat, un autre choix est possible : aller au contraire en bas, sous le texte du slogan, en descendant le long de l’épaule gauche du candidat, puis en suivant plus ou moins le chemin à flanc de colline. Toutefois, après une première vue d’ensemble, le chemin semble peu motivant, cela a déjà été dit. Et puis, N. Sarkozy semble s’en détourner lui-même.
Derrière l’aiguilleur, le dieu-fait-homme
Alors que choisir, lorsque le choix est ainsi présenté ? La gauche ou la droite ? Le bas ou le haut ? La terre désolée, qui tend à perdre de l’importance, ou le ciel prometteur, qui se garnit de nuages, ce nouvel univers céleste qui se construit pour nous dans le sillage de l’oiseau ? Peut-on vraiment parler d’un choix ? Les conséquences du choix de l’électeur dans l’isoloir se traduisent pour lui par un dédoublement du parcours de lecture dans le dos du candidat : en haut (suivant le contour du nuage) ou en bas, suivant l’épaule gauche puis le chemin ? [6] Nous pourrions parler d’une troisième voie, médiane mais tout de même plus volontiers céleste que terrestre : la (re) lecture de la deuxième partie du slogan .
La figure du candidat est l’alpha et l’omega de cet univers. Haut et bas, ciel et terre, droite et gauche, avant et après : il est à la fois point de passage et obstacle visuels, à partir duquel tout se redistribue. Il est à la fois celui qui semble offrir un choix et celui qui tend à en imposer un en particulier, ne serait-ce qu’en portant les couleurs du ciel. Il faut aussi rappeler que sa figure incarne à elle seule le moment du vote.
L’éclairage, l’organisation environnante et sa position dans le champ font de lui un être surnaturel ; il apparaît aussi comme un sorcier ou un magicien. On peut déduire qu’il est ce secret agent qui sait générer de l’oxygène ou, plus visuellement, des nuages et tout un nouvel univers céleste, à sa gauche, à partir du groupement d’arbres que constitue la forêt, à sa droite. On peut comprendre par là qu’il peut transformer ceux qui votent pour lui (ou ceux qui gagnent son parti) en quelque chose d’autre, de mobile, de très libre, dominant les éléments. Une accession au paradis…
Sorcier, magicien… peut-être N. Sarkozy est-il plutôt une sorte de messie, de dieu-fait-homme, qui viendrait vous proposer une sorte de « Jugement dernier dont vous êtes le héros ». Car maintenant vous pouvez choisir : le Paradis ou l’Enfer ? Blague à part, je vois dans ce message visuel plusieurs allusions possibles à la Bible et à l’iconographie qu’elle a inspirée.
L’illustration d’un discours manichéen
On voit ici tout ce que cette mise en scène peut générer : le positionnement de N. Sarkozy en Christ voire en Dieu vérace et, partant, la crédibilisation de ses propos ; et bien sûr la diabolisation de la gauche, qui serait garante pour sa part de notre perte à tous.
Le choix de l’électeur est radicalisé, il devient manichéen. Il ne s’agit pas de choisir entre rester (au sol) ou partir (s’envoler), ou de choisir entre stagner ou bouger, car certains auraient sans doute choisis en masse de ne rien faire de spécial (!). Non, le choix proposé par N. Sarkozy ici est : s’envoler ou décliner.
On peut voir à travers cette affiche une véritable illustration de récents propos de N. Sarkozy :
« La France veut qu’on la tire vers le haut […]. La France a conscience des défis que notre pays doit relever. Elle veut qu’on lui dessine des perspectives, qu’on lui propose des choix, qu’on lui apporte des solutions. […] La gauche n’a qu’une intention : figer le pays. Nous avons une volonté : faire entrer notre pays dans le 21e siècle. Le remettre en mouvement. […] nous devons rompre avec toutes les facilités, toute la démagogie, toutes les compromissions, toutes les hypocrisies, qui depuis 25 ans affaiblissent notre pays et compromettent son avenir. Je vous propose de rompre avec ce qui nous tire vers le bas pour laisser grandir ce qui nous tire vers le haut. Je vous propose de rompre avec ce qui crée du désespoir pour faire renaître de l’espérance. » [7]
En regardant l’affiche de 2007, il me semble retrouver une large part des propos du candidat de l’UMP : le thème de la lévitation ou de l’envol, pour échapper à la réalité, ou encore pour échapper à cette gauche, qui figerait, tromperait, affaiblirait le pays.
Convertie en message visuel, la promesse du candidat, c’est du vent… je voulais dire : c’est un vrai bol d’air pur ! N. Sarkozy est une virgule, il est une respiration, ce moment de phrase durant lequel on peut reprendre son souffle, faute de quoi l’on s’asphyxie. Et ce qui est présent dans le décor aux plans iconique (la forêt qui donne de l’air, du vent, des nuages) ou plastique (les couleurs dominantes) vient en renfort de cette idée de respiration, d’apport d’air forcément bienvenu. Nous avons là affaire à une construction qui vise à convaincre politiquement en convoquant l’instinct de survie.
Sarkozy citant Mitterrand : faire référence sans déférence
Comment comprendre l’allusion à l’affiche de 1981 par les communicants de l’UMP, au regard de tout ce que nous venons de dire ? Les références à F. Mitterrand sont utiles à N. Sarkozy à de nombreux égards.
F. Mitterrand est avant tout un politique reconnu comme étant l’un des plus brillants « stratèges » français de la fin du 20e siècle (il est davantage question ici d’aura personnelle que de bilan). C’est aussi un président qui est resté longtemps à l’Élysée. Pour un candidat à la présidentielle, il peut donc être intéressant de témoigner d’une forme de filiation vis-à-vis de F. Mitterrand aux yeux des Français. C’est une façon de s’affirmer comme présidentiable, de gagner en crédibilité.
Au plan de la communication politique, la réussite de la campagne orchestrée par Jacques Séguéla en 1981 a marqué les esprits : l’affiche de 2007 en est la preuve. S’inspirer de cette campagne, c’est tenter de reprendre à son compte une « recette » qui a montré son efficacité. C’est aussi chercher à prendre l’apparence d’un ancien vainqueur. C’est encore couper l’herbe sous le pied de la candidate du PS, S. Royal, qui aurait pu être légitimement tentée de s’inspirer de « Tonton », elle aussi (il aura fallu trouver autre chose…). C’est encore semer le trouble dans l’esprit de certains électeurs, en venant « chasser » à gauche. C’est enfin entretenir l’image d’un PS conservateur, voire rétrograde, là où S. Royal aurait peut-être voulu incarner davantage le changement, elle aussi, mais une autre forme de changement que celui proposé par N. Sarkozy.
Toutefois, qui dit référence ne dit pas déférence. Bien au contraire, il s’agit aussi d’utiliser ces références communes pour s’en démarquer en partie et affirmer son identité politique propre. Qui plus est, le décalage permet de montrer aux Français que (l’on a bien compris que) les temps ont changé, et que leurs attentes ne sont plus les mêmes. Il n’est pas pour autant question de bouleverser la vie des Français (N. Sarkozy est une virgule, pas un point ; la vie, telle une longue phrase, continue…). Toute la difficulté d’une affiche électorale, particulièrement à ce niveau, consiste à faire passer un message plein de nuances.
Il s’agit aussi de montrer que l’on sait faire aussi bien et même mieux que la référence. Nous l’avons vu, l’affiche de N. Sarkozy se veut non seulement différente mais aussi meilleure, en ce qu’elle développe certains de ses principes, tel celui des rimes plastiques, qui contaminent maintenant toute l’image. Elle se veut meilleure tout simplement en ce qu’elle peut intégrer, contrairement à l’autre, des allusions à des technologies qui se sont répandues depuis (« sarkozy.fr »). Enfin, elle peut se montrer d’autant plus innovante que l’autre se voulait volontairement classique (cf. le choix typographique).
Sarkozy convoque-t-il aussi Albert Dupontel et Bill Gates?
Une autre façon de se démarquer partiellement d’une référence est d’en intégrer d’autres, qui vont peu ou prou dans le même sens. L’allusion aux affiches annonçant le film Président de Lionel Delplanque en septembre dernier (voir partie 1/3), serait une façon actualisée de se poser en président, ou en tout cas de faire référence à la fonction.
L’allusion au système d’exploitation Windows XP est-elle volontaire ? Faire allusion à Bill Gates et à Microsoft, ce serait utiliser là encore des références de vainqueur — très partagées elles aussi, en France comme ailleurs —, dans le monde des intérêts privés. Ce serait une façon de promettre à la France la prospérité, la réussite ? Une façon de mixer la fonction publique avec l’image de l’entrepreneur ? Je ne vois rien de vraiment surprenant dans tout cela, venant d’un libéral [8].
Toutefois, sans doute ne faut-il pas oublier trop vite notre référence centrale, l’affiche de 1981. J’observe que la teinte rose-rouge de l’affiche de F. Mitterrand, assimilée à la gauche (au sens politique), a été opportunément remplacée sur l’affiche de N. Sarkozy par un vert soutenu. C’est-à-dire, comme nous l’avons vu dans la partie 2/2, par une couleur symboliquement neutre. Nous pourrions rapprocher cette neutralité de l’indécision connue de nombre de Français, s’agissant de la couleur de leur vote. Ce serait donc à ces indécis que le candidat s’adresse, mais aussi au peuple de gauche, désormais dépossédé de sa chère couleur rougeâtre et assimilé lui aussi à des âmes en perdition. L’UMP leur tend une affiche qui leur fera penser à une autre, mais plus de rouge, plus de village, et notamment plus d’église à gauche où se rassembler. Plus rien, si ce n’est un vague chemin vers l’inconnu. Le ralliement au candidat semble s’imposer…
Une telle hypothèse nous amènerait à voir l’affiche d’une autre manière : non, N. Sarkozy n’est pas perdu en pleine campagne, comme nous avons pu le croire un bref instant. En revanche c’est vous, citoyen(ne) indécis(e) et en détresse, qui êtes perdu(e) dans la nature, ne sachant où aller. Mais soyez rassuré(e), M. Sarkozy vous sait perdu(e) et vient vous chercher pour vous ramener parmi le monde, parmi son monde céleste, blanc et bleu [9], en passant par la case forestière UMP. Voulez-vous suivre le guide, suivre l’oiseau ?
Voir aussi sur ce blog
Le billet « Sarkozy : les limites d’une affiche de campagne » est un prolongement important de cette analyse, dans lequel je me demande si l’offre d’un choix de parcours de lecture est volontaire.
Notes :
- Selon M. Joly, la notion d’horizon d’attente a été « introduite dans les années 1970 par Hans Robert Jauss […] à propos de l’étude de la réception d’une œuvre littéraire. L’idée majeure est que non seulement l’interprétation d’un texte présuppose l’interaction de lois internes et externes au texte (comme celles de sa production et de sa réception) mais qu’elle présuppose aussi ‘le contexte d’expérience antérieur dans lequel s’inscrit la perception esthétique’. Ce qui signifie que, même au moment où elle paraît, une œuvre ne se présente jamais comme ‘une nouveauté absolue […] ; par tout un jeu d’annonces, de signaux - manifestes ou latents -, de références implicites, de caractéristiques déjà familières, son public est déjà prédisposé à un certain mode de réception.’ » Pour M. Joly, il est également possible « de formuler objectivement les systèmes de références correspondant à un moment et à un domaine de l’histoire de la représentation visuelle, quel ‘horizon d’attente’ ils évoquent pour le lecteur ‘résultant des conventions relatives à la forme ou au style, pour rompre ensuite progressivement avec cette attente’ par une création nouvelle, la critique, la parodie, etc. ». Introduction à l’analyse de l’image, coll. Image 128, Éd. Nathan université, 1993, p. 52. [retour]
- (Ajout, 02/04/2009) Un peu comme la virgule qui, dans une phrase, marque une rupture permettant à la fois de reprendre son souffle et éventuellement de distinguer deux propositions, mais sans clore la phrase pour autant. Ces éléments assez subtils méritent bien sûr d’être relevés et analysés. [retour]
- En témoigne la signature sans discussion, tant par N. Sarkozy que par S. Royal, du pacte écologique de Nicolas Hulot. [retour]
- « À peu près » seulement, car on peut comprendre que l’affiche de F. Mitterrand proposait tout de même un choix : entre rien ou presque, à gauche du candidat sur l’affiche, et le village qui lui se déployait à droite. Mais la part de ce rien est très peu prégnante, et le candidat s’impose très vite dans le parcours de lecture. [retour]
- [je constate que le lien est cassé en date du 15/02/2008. Il faudra trouver une autre vidéo de l’événement.] [retour]
- (Ajout, 19/02/2008) Le caractère volontaire de cette offre d’un parcours de lecture alternatif sera mis en question dans un billet ultérieur : « Sarkozy: les limites d’une affiche de campagne ». [retour]
- N. Sarkozy, discours prononcé lors d’une réunion publique, Angers, 1er décembre 2006. (Ajout, 02/04/2009) Le lecteur aura relevé ici le recours au mot espérance, ayant un sens religieux, et non pas celui d’espoir. [retour]
- (Ajout, 19/02/2008) J’ai retiré, juste après ce passage, un court paragraphe jugé inutilement partisan, dans lequel il était question de l’amalgame fait entre ultralibéralisme et suggestion d’une libération citoyenne. [retour]
- Selon l’Insee, 76 % de la population française est urbaine en 2006… [retour]
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