Promos de la SNCF : le net-parcours du combattant
Publié le 10 avril 2007 (modifié le 10 janvier 2010) par Erwan
Avec un e-mail publicitaire, la SNCF réussit à donner temporairement envie de profiter de son offre promotionnelle de découverte de l’Est par le rail. Temporairement, car si l’Est est désormais plus accessible, il s’avère ce n’est toujours pas le cas des promotions de la SNCF. Décidément, cette entreprise sait massacrer son image sur le net.
Peut-être l’avez-vous reçu, vous aussi, le 8 avril vers 21 h. Cet e-mail de la SNCF qui vous annonce, sur fond d’aurore encore criblée d’étoiles : « Le 10 avril, les réservations du TGV Est européen ouvrent ! ». Ce mail qui vous fait miroiter, sur deux improbables pièces de monnaie, des tarifs exceptionnels de 10 ou 15 euros, et vous annonce la mise en vente de « 5000 places par jour pendant l’été ». Ce mail qui vous suggère de réserver « dès maintenant vos billets de train pour des voyages entre le 10 avril et le 26 août ». « Ne laissez pas passer une si belle occasion […] » vous lance-t-on encore, « découvrez 33 destinations complètement à l’Est ».
Pour voyager pas cher, il faut faire des concessions en amont sur votre cycle de sommeil, en aval sur la durée de votre week-end. Ah et il faut aussi être joueur, très très joueur.Plus bas, là où convergent les rayons solaires, devant l’astre jaune que l’on aimerait voir se lever, un bouton rompt ce cadre violet qui contient déjà mal votre impatience. Ce bouton est porteur d’une flèche et d’une petite phrase clignotante, enthousiaste : « Je réserve tout de suite ! ».
Vous venez de prendre le train de la perdition. Avec un peu d’obstination, vous finirez sans doute bien à Bar-le-Duc, Luxembourg, Francfort, Munich ou Zurich, longtemps après votre clic. Mais si vous ne voulez pas donner un peu plus de votre argent, il va falloir donner beaucoup de votre personne. Un peu comme une succession de brimades et de corvées sadiques, complètement inutiles, qu’un adjudant de ces casernes de l’Est imposerait au bidasse que vous êtes (re)devenu.
Comprendre : « 5000 place par nuit »
Pour commencer, dès le 8 avril on vous suggère de cliquer sur un bouton pour réserver « tout de suite ». C’est une pure idiotie que l’on vous invite à accomplir, puisque les réservations ne commencent que dans deux jours, le 10.
Gardez votre bouton bien au chaud, donc, mais ne vous y prenez pas trop tard. Car lorsque la SNCF vous propose « 5000 places par jour », il faut comprendre « par nuit ». C’est quelque part autour de l’heure du crime, trois mois pile avant le jour souhaité de votre départ au moyen de ce nouvel Orient Express, qu’il vous faudra veiller, le nez sur internet. Après, il est souvent trop tard, ça commence à se savoir. Vérifiez tout votre matériel informatique, préparez minutieusement votre demande de voyage. Faites un petit somme préalable ; pour vous désaltérer, songez à l’intraveineuse : le moment venu, il faudra être vif et avoir les mains libres.
Sport superflu ? Vous vous dites peut-être : « Cet effort-là, pour décrocher l’aller puis le retour deux jours plus tard ? Très peu pour moi ! ». Alors n’espérez pas partir en week-end à Metz en juin pour 15 euros ; pas même début juillet, à moins de pouvoir vous libérer dès 15 heures le vendredi. Mais le temps de vous l’écrire et il est sûrement déjà trop tard, tout est déjà pris.
Peut-être réussirez-vous à décrocher une arrivée à Metz vers 23h30 ? Prêtez attention aux photographies du mail de la SNCF : trois Polaroïds sur quatre sont pris de nuit ; ce n’est sûrement pas un hasard. Saviez-vous qu’il y a « peu ou pas de vie nocturne » à Metz [1] ? À votre arrivée, personne dans les rues, tout est fermé, vous pouvez faire vos réglages photographiques tranquillement, bien à votre aise. Le pied ! Car bien sûr, la photo de nuit c’est votre grande passion.
Une procédure de réservation « complètement à l’Est »
Pour voyager pas cher, il faut faire des concessions en amont sur votre cycle de sommeil, en aval sur la durée de votre week-end. Ah et il faut aussi être joueur, très très joueur. Car vous avez sur votre écran des champs à remplir, des cases à cocher, et toutes ces combinaisons ne vous permettront pas de partir - ou de revenir - pour 10 ou 15 euros, tant s’en faut. Qu’il est ludique, ce jeu de hasard nocturne ! Si par chance, au bout d’une heure de lutte contre les formulaires de la SNCF, vous décrochez le jackpot, le bon horaire, le bon billet économique (budgétairement), ce n’est pas encore complètement gagné.
Surtout n’hésitez pas, ne tergiversez pas. N’ayez pas la curiosité malsaine de voir si, à tout hasard, vous pourriez avoir le même prix à un autre horaire. N’essayez pas de décrocher un week-end plus long d’une demi-heure. N’y pensez même pas. Vous y perdriez la santé. Validez, mais validez bon sang !
Je vous vois venir avec votre grosse idée : appeler le 36 35, pour bénéficier du truchement salvateur d’un employé expérimenté de la SNCF. Vous payeriez pour faire jouer quelqu’un à votre place, à distance, sans beaucoup plus de succès. Si j’en juge par ma triste expérience, ces gens-là n’ont manifestement pas plus de visibilité que nous sur les horaires économiques disponibles.
Vous avez été plus joueur, plus chanceux, plus patient, plus tenace bref plus efficace que moi ? Réjouissez-vous de ce week-end que vous avez décroché de haute lutte, et que j’imagine volontiers : la joie de prendre un bon goûter le samedi vers 17 heures à Metz, à la descente du TGV Est européen, pour seulement 15 euros ! Mais c’est déjà presque terminé et il faut s’en retourner à Paris…
Un ultime regret: que sur son mail publicitaire la SNCF me propose seulement de l’« envoyer à un ami »…
Notes :
- Dossier « Les bons plans du TGV Est ». Le Nouvel Obs, supplément Paris Île-de-France, n° 2210, 15-25 mars 2007, p. 18. [retour]
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