Mon profil Facebook est-il un traître ?
Publié le 26 avril 2008 (modifié le 4 décembre 2008) par Erwan
L’interface de Facebook ne donne aucun moyen fiable et simple à l’inscrit(e) de vérifier comment se présente son profil aux autres inscrits. Ce type d’opacité constitue-t-il une des clés de succès de certaines plateformes web 2.0 ?
La question peut surprendre : mon profil Facebook est-il vraiment ce que je m’imagine qu’il est ? Bien sûr, j’ai fait des réglages, j’ai précisé des niveaux de confidentialité, mais quid du résultat ? Comment me faire une idée de l’impression générale que peut donner à d’autres mon profil ainsi ajusté ?
Distinguons l’information parfois très personnelle qui peut être affichée, dont on a amplement débattu, de la façon dont cette information est proposée à l’écran. Un exemple : si je laisse un seul volet de mon profil déplié, celui de mon « mur » (Wall) par exemple, tout le monde verra-t-il mon profil ainsi abandonné ?
Ça m’intéresse de le savoir… car bien évidemment, ce que je montre de moi d’emblée (mes petites conversations telles que visibles sur mon mur, mes derniers articles et/ou encore mes coordonnées professionnelles) aura son importance dans l’impression générale que je donne à un tiers.
[…] n’importe quel blogueur sait qu’on n’est jamais à l’abri de surprises. Que deux vérifications en front de ce qu’on a fait en back valent mieux qu’une, et beaucoup mieux qu’aucune, a fortiori lorsque les affichages possibles sont multiples.En bref, What you see is peut-être assez loin d’être what they get… La « soluce » ? Tout le monde la connait. Il faut emprunter le profil d’un tiers. Ou encore créer un autre profil, mettre éventuellement ce profil en tant qu’ « ami », et voir à travers cette identité-là à quoi ressemble mon profil « officiel »… Il existe peut-être d’autres astuces, mais je ne les connais pas et, dans l’absolu, je ne veux pas avoir à les connaître.
La possibilité de voir son profil tel qu’il apparaîtra à n’importe quel autre inscrit(e) devrait être à la fois prévue et simple. Or curieusement, il semble qu’il faille renseigner son profil avec précision, mais que le contrôle de la vue d’ensemble qui se dégage de tout cela pour autrui n’ait finalement que peu d’importance. Bosserais-je sur mon profil principalement pour être exposé à des publicités mieux ciblées ? J’imagine que les publicitaires qui exploitent les bases de données de Facebook n’ont que faire de la présentation de notre profil ; il y a fort à parier qu’ils ne la connaissent pas.
On pourrait m’objecter que je vais chercher midi à 14 heures ; qu’évidemment, mon profil tel que je le vois, c’est ce que les autres « amis » voient, avec simplement quelques options en plus. Sans m’attarder sur le cas des non-« amis », je tiens à pouvoir mesurer visuellement le décalage entre mon profil tel que vu par moi ou par un autre « ami », si ténu soit-il. Le positionnement des curseurs ne me suffit pas.
On pourrait encore m’objecter qu’on ne maîtrise jamais complètement son apparence, et que même un miroir, même une photographie ne donnent pas de vous une image fidèle. Certes mais sur internet, la vérification d’une page avant sa publication relève du basique, du b.a.-ba. Il suffit de passer du back office (l’interface d’administration) au front, ou encore de se déloguer, comme sur Flickr par exemple, pour voir ce que tout le monde voit. Pourquoi une telle opacité sur Facebook ? Parce que quelqu’un a décidé que tout utilisateur devait se loguer sous une certaine identité ? Parce qu’il faut nécessairement endosser un profil particulier, une « subjectivité technique » en quelque sorte, distincte de celle des autres ?
Pourtant, n’importe quel blogueur sait qu’on n’est jamais à l’abri de surprises. Que deux vérifications en front de ce qu’on a fait en back valent mieux qu’une, et beaucoup mieux qu’aucune, a fortiori lorsque les affichages possibles sont multiples [1].
Cette subjectivité superflue, qu’on espère toujours maîtriser suffisamment, voire un peu mieux que ses « amis », apporte son lot de piment. Elle contribue à faire de Facebook un jeu… un peu comme l’interestingness de Flickr, qu’on ne maîtrise pas beaucoup plus, surtout au début. C’est pour moi l’une des grandes leçons sociales de ces plateformes estampillées « web 2.0 » : si c’est trop rationnel, transparent et dépourvu de tout risque ou de tout mystère, ça attire moins les foules.
Réédition
Ce billet est une version réécrite d’un texte publié initialement sur Lepost.fr, le 5 décembre 2007, car ce blog était alors tombé en panne. (Ajout, 04/12/2008) L’interface de Facebook a beaucoup changé dernièrement, toutefois les problèmes de la connexion personnalisée et de la difficulté de savoir précisément ce que les autres voient restent entiers…
Notes :
- Certes, l’opposition entre front et back tend à disparaître, mais il y a toujours une différence entre celui qui édite et celui qui consulte. [retour]
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