L’autre peur de la page blanche
Publié le 16 décembre 2008 (modifié le 25 avril 2010) par Erwan
Il est conseillé depuis longtemps de privilégier un contraste maximum entre le texte et le fond sur écran, afin dit-on de faciliter la lecture. Mais il faudrait nuancer ce conseil rapidement, à la lumière des excès des fabricants d’écrans d’ordinateur.
C’est une recommandation ergonomique qu’il me semble urgent de revoir. Je la retrouve ainsi rédigée sur le site Uzine.net :
« La lecture est plus aisée si le dessin de la lettre sur le fond est très contrasté. C’est-à-dire qu’il convient de privilégier le texte noir sur fond blanc […] pour des textes longs, il vaut mieux rechercher un contraste maximum. » [1]
Le corps de texte en noir sur fond blanc est peut-être le cas le plus fréquent sur le web, notamment sur les sites de médias. Pourtant, qu’il devient pénible de le lire ! Déjà, dans les commentaires figurant sous l’article cité, datant de 2002, il est souligné à plusieurs reprises qu’un fond blanc fatigue la vue. Aujourd’hui, c’est encore plus vrai qu’hier.
Coup de projecteur sur un argument commercial
La faute à la course au taux de contraste des fabricants d’écrans d’ordinateur. Sur le site Hardware.fr, on nous explique assez bien ce qu’est le taux de contraste :
« La mesure du taux de contraste est assez simple à établir. Il faut d’un côté mesurer la luminosité maximale d’un écran blanc, puis celle minimale d’un écran toujours allumé, mais affichant du noir seulement. Ces mesures rapportent deux valeur[s] en candélas, qu’il convient de diviser l’une par l’autre. Par exemple, un écran avec un blanc à 250 cd/m2, un noir à 0,50 cd/m2 offre un taux de contraste de 250 / 0,50 = 500 : 1. » [2]
Selon la même source, publiée elle en 2005, les moniteurs évoluaient déjà vers des taux de contraste deux ou trois fois plus importants que ces données, jugées par l’auteur « parfaitement représentatives des écrans vendus » alors. Les intérêts d’une telle évolution porteraient d’une part sur le « rendu des films », par une meilleure mise en valeur des images et de leurs détails ; d’autre part sur la retouche photo. Problème : cette course au taux de contraste se traduit souvent par une luminosité accrue, qui elle est une fort mauvaise chose, y compris pour les professionnels de l’image. En 2006, sur un autre site, le même auteur nous prévient au sujet de la luminosité des moniteurs :
« Ne vous fiez pas aux chiffres : la plus grande valeur n’est pas du tout la meilleure. […] Dès 250 cd/m2 sur un écran personnel, c’est trop lumineux, limite aveuglant parfois. Pour vous dire, les graphistes règlent généralement leurs écrans sur 110 cd/m2 au mieux, 90 cd/m2 pour certains puristes. » [3]
Discours similaire du spécialiste en photographie Jean Delmas en septembre dernier :
« Compte tenu des performances aussi mirobolantes qu’inutiles accomplies aujourd’hui par les écrans LCD [en matière de luminosité], les fabricants d‘écrans plats, y compris certains constructeurs prestigieux de matériels pour arts graphiques […], ont pris la désagréable habitude de les régler en sortie d’usine sur une luminance du blanc dépassant 200 cd/m2, voire 300 cd/m2, ce qui est trois fois la valeur raisonnable. L’acheteur est d’abord ébloui, au sens figuré, par cet exploit, puis il ne tarde pas à être ébloui au sens propre. » [4]
On pouvait espérer que ces écrans éblouissants seraient utiles aux amateurs d’images en général. Mais en définitive, cette luminosité ne servirait à la rigueur - au-delà du fabricant qui a pu gonfler son taux de contraste et ainsi mieux vendre son produit - que les seuls visionneurs d’images animées, en premier lieu les amateurs de jeu vidéo [5] ou de vidéo tout court.
Tendance au zapping et autres nuisances…
Certes on nous dit que ces derniers sont de plus en plus nombreux [6], et on nous prédit un avenir radieux des images sur internet [7]. Mais je devine que si ces écrans gênent les graphistes et autres retoucheurs, ils nuisent par extension à quiconque s’arrête sur les images, quelle que soit leur nature, quelle qu’en soit la raison, via un écran. La luminosité de ces écrans favoriserait-elle une consommation plus rapide des images, même fixes, ce qui briderait mécaniquement leur analyse et donc leur (meilleure) compréhension ? [8]
Sur le web — pour me borner à ce champ déjà vaste — proposer des textes plus ou moins longs à lire sur fond blanc revient donc souvent à proposer de la lecture sur une ampoule.Ce n’est déjà pas rien, mais quittons un instant les images, pour nous soucier aussi de tous ces lecteurs (ou rédacteurs) de chiffres et/ou de lettres à travers le monde, qui exercent souvent ces activités sur fond blanc, et qui s’esquintent les yeux sur ces écrans totalement inadaptés à leurs usages (au fait, si vous lisez ceci depuis un flux de syndication sur fond blanc, venez donc lire la suite sur le blog, ça devrait vous reposer…).
Sur le web — pour me borner à ce champ déjà vaste — proposer des textes plus ou moins longs à lire sur fond blanc revient donc souvent à proposer de la lecture sur une ampoule. Et pour peu que le site ou le blog en question pose d’autres problèmes (usage d’une police de caractère peu lisible, lignes trop longues, etc.), il y a de quoi hésiter à entamer la lecture d’un billet qui s’annonce un peu long. Ainsi l’angoisse de la page blanche se trouve-t-elle désormais aussi (surtout) chez le lecteur sur écran que je suis, d’une certaine façon.
Bref, compte tenu :
- d’une part, des pratiques délétères des fabricants de moniteurs en matière de luminosité de leurs produits depuis quelques années ;
- et d’autre part, du fait que les utilisateurs n’ont pas toujours conscience de telles pratiques et de leurs conséquences (ou peuvent légitimement rechigner à toucher aux réglages parfois complexes ou difficiles d’accès de leurs moniteurs) ;
je ne peux qu’encourager les blogueurs, webmasters et autres webdesigners proposant ou concevant des pages à lire à reconsidérer le recours commode au blanc comme fond, s’ils souhaitent faciliter la lecture. Un fond clair mais légèrement teinté, comme sur ce blog [9], ou même un gris léger, devraient grandement soulager les yeux. Il me semble judicieux de ne pas se contenter de dépasser un certain seuil de contraste, mais aussi de définir un plafond, puisque que les fabricants ne s’en chargent pas. Voilà une piste pour compléter un outil tel que le précieux add-on pour Firefox Colour Contrast Analyzer (de Gez Lemon) [10]. Il faudra que je lui en touche deux mots…
Notes :
- Source : Arno, « Présenter des textes longs sur le web, la lecture facile à l’écran », Uzine.net, 4/07/2002. [retour]
- Source : Vincent Alzieu, « Technique LCD : overdrive, contraste et angles (pages ‘Les taux de contraste augmentent’) », Hardware.fr, 30/03/2005. [retour]
- Source : Vincent Alzieu, « Comparatif : 29 écrans 19 pouces, (page ‘Comprendre les caractéristiques pour mieux choisir’) », Lesnumeriques.com, 02/01/2006. [retour]
- Jean Delmas, « Calibrer un écran ? Normes ISO et autres préconisations », Questionsphoto.com, 15/09/2008. Nous pourrions trouver d’autres symptômes de cette surenchère des fabricants de moniteurs, par exemple dans le domaines des couleurs, comme le rappelle un spécialiste, Michel Pastoureau : « D’après les tests d’optique, l’œil humain peut distinguer jusqu’à 180, voire 200 nuances, mais pas davantage. Ce qui rend stupide les publicités pour ordinateurs où on vous parle de millions, de milliards de couleurs ! » Source : Michel Pastoureau, Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs, éd. du Panama, 2005, p. 118. [retour]
- cf. le premier article de Vincent Alzieu : « (…) on a souvent tendance à remonter la luminosité pour mieux voir dans les parties sombres si un ennemi n’y serait pas caché… ». [retour]
- Source : Hubert Guillaud, « Quand YouTube remplacera Google », InternetActu, 11/12/2008. [retour]
- Paul Virilio : « Croit-on sérieusement que la masse innombrable des pauvres en information se transformera en surfeurs du Net, en inforiches par l’apprentissage complexe des procédures d’accès au réseau ? Évidemment non, la seule manière pour eux d’accéder à l’économie de l’information-monde sera, comme toujours, par l’imagerie ! » Source : Frédéric Joignot, « La mondialisation mise en image, Paul Virilio météopolitologue », Le Monde 2, 21/11/2008. [retour]
- Cette dernière phrase a été réécrite le 24/12/2008, par souci de précision. [retour]
- Ce blog n’est un modèle à suivre que dans une certaine mesure. Les textes en noir sur fond vert pâle sont suffisamment contrastés et soulagent les yeux, ce qui me semble être le principal, mais d’autres zones posent des petits problèmes, selon les résultats d’un outil mentionné plus loin dans le billet. [retour]
- L’accès à cet add-on sur le site de Mozilla se fait en mode sécurisé, on peut aussi le découvrir ici. [retour]

Billets du blog | 19 commentaires sous ce billet :
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Quand on parle de contraste et de lisibilité (le 1er étant effectivement la clé absolue de la seconde), on en reste en général à la lisibilité… sur papier, donc en considérant la différence entre lumière réfléchie (sur le papier) et non réfléchie (le noir de l’impression, absorbant si possible toute la lumière). Sur écran, le problème est le rétro éclairage qui dépasse la luminosité qu’offrirait une feuille de papier — déjà parfois éblouissante. Tout écran digne de ce nom a un réglage directement accessible. Il suffit de l’adapter à la luminosité ambiante. Moins le lieu où l’on se trouve est éclairé, moins l’écran doit être lumineux. Chacun a sa propre perception c’est donc à chacun de régler selon sa vue. Ce qui n’empêche pas d’atténuer légèrement le fond de ses pages.
Merci pour ces informations qui corroborent mon expérience personnelle. Je suis programmeur et j’utilise un affichage inversé (un texte clair sur un fond noir) qui me permet de diminuer la fatigue ressentie et de travailler plus longtemps. Hélas sur le web, si je peux modifier l’affichage des sites de la même manière, c’est au cas par cas… Si vous connaissiez un moyen de faire un réglage qui marche sur la plupart des sites sans nuire à la mise en page, je suis preneur.
On est beaucoup moins ébloui par un texte clair sur fond noir, la luminosité globale étant diminuée… Même si cela fait un peu “geek”, je conseillerais plutôt en tant qu’utilisateur un fond noir et un texte blanc cassé.
@gaël : BYM est un module de Firefox qui permet de changer automatiquement les couleurs de toutes les pages web affichées. Je ne sais plus m’en passer, et le bascule en mode “on” dès qu’un texte dépasse 10 lignes…
On peut le trouver à cette adresse : https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/7166
Un grand merci dies irae pour votre lien. Je dois avouer que l’activation de cet add-on est fort reposante pour la vue (y compris sur ce blog). Et les commentaires publiés par ses utilisateurs sur le site de Mozzilla confirment s’il en était besoin à quel point les fonds clairs posent problème à nombre d’utilisateurs sur les moniteurs actuels.
Concernant votre idée de proposer des textes en blanc cassé sur fond noir, c’est à essayer. Ayant suivi une formation initiale de graphiste (entre autres choses), j’ai souvent entendu dire que les textes en clair sur fond sombre étaient à utiliser avec parcimonie. Mais mon exploration du web en négatif, grâce à cet outil que vous nous proposez, me fera peut-être changer d’avis. Merci encore.
Je viens de faire un tout petit changement au niveau de la feuille de style : le texte courant de ce blog n’est plus en noir (#000000) mais en gris très foncé (#0F0F0F). La différence est à peine perceptible sans l’add-on. Mais du coup, en activant BYM, le texte apparait en gris très clair sur fond noir. Et ça soulage. Je crois que je vais rester comme ça un moment…
Je vous en prie Erwan, je suis content de contribuer à vos excellentes réflexions sur l’icône.
Je complète ma remarque sur les changements de couleur : l’outil KPDF, sous linux, permet d’inverser les couleurs d’un document pdf, facilitant ainsi sa lecture, même si cela nuit aux images (mais ajoute une petite dose de sérendipité !).
Une idée pour votre prochain article, si vous en manquez : quelle représentation pour le web sémantique ?
Entre arbres ( http://www.iterature.com/dadameter/rrengine.fr.php ), texte classique ( google + Surf Canyon ), un mélange ( http://www.evri.com ), nuage ( http://www.quintura.com ), carte ( http://www.iterature.com/dadameter/dadamap.fr.php )…?
Je dois vous avouer que je me sers assez souvent de BYM depuis que vous nous en avez parlé, Dies Irae ; c’est un outil précieux (et merci aussi de penser aux linuxiens comme vous le faites, je suis sûr qu’ils apprécieront - peut-être cet outil pour lecture de documents PDF a-t-il un équivalent sous Mac ou PC ?).
À propos de mon article ci-dessus, un exemple concret des abus des fabricants de moniteurs : il se trouve que je me suis acheté récemment un moniteur et que la question de la luminosité s’est reposée à moi. À la recherche d’un écran plutôt polyvalent (surtout adapté à la bureautique et à la retouche d’images, à un prix raisonnable), j’ai été tenté un temps par le Hyundai W240D v2, gratifié de cinq étoiles (le maximum) sur le site “Les numériques” (source). Heureusement, j’ai un peu diversifié mes sources et je suis allé sur un autre site réalisant aussi des tests d’écrans. Sur ce dernier, j’ai pu lire cette information cruciale, à peine croyable concernant ce moniteur précis : “La luminosité est bien trop élevée pour un usage bureautique intensif. Même avec une luminosité à 0 [c’est moi qui souligne], on arrive à 270cd/m2, ce qui est le double de la dose recommandée (…)” (source). Il va sans dire que je me suis finalement tourné vers un tout autre produit.
Enfin, merci de me souffler une idée d’article, mais ce sont moins les idées qui manquent que le temps. Votre idée est néanmoins très bonne, et il se trouve que je me suis pas mal penché sur le web sémantique, avant de reporter la mise en application de mes investigations à un peu plus tard. À ce jour, je ne suis pas convaincu d’être le plus à même de mener cette réflexion, en tout cas pas seul ; peut-être le Serial mapper pourrait-il s’y coller, ou connait-il des gens qui l’ont déjà fait ? ;-)
PS : À propos du web sémantique, outre le fait qu’il me semble indispensable de préciser ce qu’on entend par cette formule au préalable, je suis tombé sur ce passage qui a eu le mérite de calmer un peu mes ardeurs : “Representational Complexity: The first problem is that RDF and OWL are complicated. Even for scientists and mathematicians these graph-based languages take time to learn and for less-technical people they are nearly impossible to understand.” (source).
Sous Windows je ne connais qu’Adobe Reader, qui n’a pas cette fonction… En fait, le mieux serait de pouvoir inverser le profil couleur de l’écran facilement, mais je n’ai pas connaissance d’un tel outil…
Votre exemple est en effet représentatif de cette course à la luminosité ! J’entrevois à moyen terme un répit avec l’arrivée d’écrans avec une technologie e-paper, ce qui serait parfait pour la bureautique. Le top serait de pouvoir varier le rétro-éclairage de l’écran, de 0 (aucun lumière générée) à 100% (ce fameux écran extra-lumineux, qui en met plein la vue pour le visionnage des photos de vacance).
Malheureusement, la conception des technologies e-paper actuelle empêche un rétro-éclairage, ,d’après ce que j’ai pu en comprendre.
A propos de la sémantique, je cherche en fait une approche sans clocher. On y voit des mindmaps, des cartes heuristiques, des cartes de liens… mais pas de réelle comparaison entre celles-ci, à ma connaissance.
Je définis donc ce que j’entends par web sémantique : la compréhension des données texte/image par l’ordinateur, son remâchage et sa restitution sous forme synthétisée, intelligente. A cela, deux approches complémentaires : l’intégration de métadonnées dans les pages web et la lecture et compréhension des pages brutes.
Les outils RDF/OWL/SPARQL sont en effet encore loin du public lambda. C’est l’inconvénient de l’approche par métadonnées : un travail de fond, qui souhaite changer tout internet.
Mais on peut déjà voir apparaître de réels outils de la seconde approche, comme la recherche sémantique d’Evri : http://www.evri.com/mainline-u.....ze%3Eobama . Il suffit d’avoir une question à formuler sur l’actualité, et on a des réponses… Mais pour certaines applications, une représentation graphique me semble très appropriée… reste à déterminer laquelle !
Avec un brin d’audace, nous pourrions lier ces deux questions, et imaginer que la luminosité à déployer via un écran pour l’affichage de tel ou tel type d’information (article, photo, diaporama, jeu vidéo, etc.) puisse être modulée par l’éditeur, moyennant l’association de métadonnées “luminosité” lisibles par les ordinateurs ! Bon, passons ;-)
En ce qui concerne le web sémantique (je n’ai malheureusement pas réussi à suivre votre lien), je pense qu’il faut distinguer clairement deux choses :
- la façon dont les données et métadonnées sont structurées en vue d’être bien conçues puis, ultérieurement, exploitées par un internaute ;
- la façon dont les données liées par au moins un critère à une autre donnée sont proposées à l’écran, en vue d’affiner ou — en tout cas — prolonger une recherche selon un axe ou davantage.
Dans le premier cas, il s’agit de s’aider par une représentation à concevoir un système d’information qu’on imagine complexe ; dans l’autre, il s’agit de faire en sorte que “l’utilisateur final” tire tous les fruits d’un système d’information préalablement conçu, à travers une offre “périphérique” pertinente, prenant soin de lui épargner une complexité dont il n’a peut-être que faire (et qui le parasiterait plus qu’autre chose). Où vous situez-vous ?
Excellente idée cette métadonnée de luminosité ! (ou comment lier deux sujets qui dérivaient dans différents domaines :-) ). Malheureusement entre les deux technologies balbutiante, on en est vraiment loin…
Voici un lien qui fonctionnera, montrant qui parle du web sémantique dans l’actualité : http://tinyurl.com/talksemanticweb . Etonnant, non ?
Dans votre premier cas, n’oublions pas que ces métadonnées sont destinées à être utilisées uniquement par la machine, en vue d’être plus ou moins directement lues par l’internaute. Elles peuvent donc constituer une représentation complexe, générée par des logiciels de création web pour des outils de référencement web. Vous ai-je bien compris ?
A propos de l’approche RDF, voici un article qui va le sens inverse de l’article Alex Iskold sur RWW : http://www.lespetitescases.net.....-5-minutes
La vérité se situe entre les deux bien sûr…
Le moteur evri doit utiliser métadonnées et compréhension de textes je pense, pour donner les informations comme la date et l’auteur…
Où me situé-je ? Je suis plus pour une approche d’une création d’outil de compréhension des données brutes. Mais bien sûr, il est dommage de ne pas utiliser les métadonnées existant d’ores et déjà…
J’ai comme projet à moyen terme la création d’une start-up sur ce terrain, je suis donc intéressé par la question :-)
Mais pour en revenir à la représentation, c’est un véritable challenge : représenter des données complexes (arbres, ontologies, tables, extraits de texte, images…) de façon simple.
”(…) c’est un véritable challenge : représenter des données complexes (arbres, ontologies, tables, extraits de texte, images…) de façon simple.”
Ce que je voulais dire, c’est qu’à mon sens le type de représentation à produire ne doit pas être le même selon le profil de celui qui fait appel au web sémantique. Si je conçois et teste une ontologie, j’aurais évidemment besoin d’un certain type de représentation (permettant par exemple d’identifier les classes ou les propriétés, leur points communs comme leurs différences) ; si je suis plutôt un “simple” utilisateur de cette ontologie, à travers une application quelconque (un site web par exemple, tel que ce que je peux voir à travers votre lien), tel un journaliste à la recherche d’une brève indexée via une ontologie, je souhaiterais profiter de toute la puissance de ladite ontologie sans avoir forcément à en connaître les arcanes, la structure intime. Car cela reviendrait à (re)présenter de la complexité là où ce n’est pas nécessaire. Outre le fait qu’entre les deux profils d’utilisateurs les données présentées ne sont pas les mêmes, je pense que le niveau de complexité attendu de la représentation n’est pas le même non plus.
En d’autres termes, ma question sous-tend l’a priori qu’il faut d’emblée distinguer ce qui relève de la représentation de tables, d’arbres ou d’ontologies de ce qui relève plutôt de la juxtaposition — ou de l’enchaînement — de textes, d’images ou autres contenus mis en inter-relation grâce à ces ontologies. Distinguer ne signifie pas dissocier totalement. Je veux simplement dire que ce sont différents types de représentations qui sont à imaginer dès à présent. Il est d’ailleurs à redouter qu’un seul type de représentation générique pour chacun de ces profils s’avère très insuffisant. Tout comme un seul type de graphique pour représenter des données issues d’un tableur type Excel s’avèrerait très limitant.
Quoi qu’il en soit, la représentation du web sémantique me semble appelée à tirer rapidement profit de tout ce qui se développe aujourd’hui selon une voie parallèle mais encore largement distincte, assez curieusement : pêle-mêle les effets de transparence, le jeu avec différentes couches, les RIA, les bibliothèques Javascript… Il me semble surtout difficile de se représenter une ontologies sans avoir la possibilité de naviguer en son sein, de la tester et pas seulement d’en regarder la structure. Je suis frappé de voir combien ces deux domaines semblent encore s’ignorer: les sites “riches” étant souvent difficiles à référencer, et les sites “sémantiques” peinant parfois à montrer leur potentiel à travers leur mise en page et leurs options de navigation. Mais nous n’en sommes qu’au tout début…
Absolument, cela dépend du profil de l’utilisateur (considérons ici qu’il s’agit d’un utilisateur non-spécialiste). Cela dépend aussi de l’application utilisée.
Une représentation peut piloter la façon dont l’outil retiendra les données. A quoi peut s’attendre l’utilisateur, en terme de résultat mais aussi de représentation de celui-ci, lorsqu’il tape :
*Un mot
*Une expression
*Un concept
*Un nom de personne/d’institution/de pays
*Une question
?
Epineuse question…
En effet, une réponse unique ne conviendra jamais. Mais n’oublions pas qu’une représentation d’ontologie brute n’est pas user-friendly : il faut remâcher ses informations, extraire les bonnes, et y ajouter les données “humaines” : textes, images…
Par exemple, un joli type de représentation d’entités nommées, style radar :
http://www.eyeplorer.com/eyePlorer/ . On est loin de l’ontologie pure et dure ! Et un bel exemple d’utilisation de Flex (mais assez lourd !)
En effet, les interfaces riches, si elles sont une condition quasi nécessaire à l’apparition d’application déployant tout le pouvoir sémantique, ignorent ce domaine pour se consacrer sur les logiciels, les jeux…
Quoi de plus normal ? La sémantique orientée utilisateurs ne fait que démarrer, ses applications sont soit expertes, soit texte vers texte (générateurs de résumés par exemple).
Apportons encore de l’eau au moulin de la lisibilité : OF nous présente deux bookmarklets pour les pages webs : http://www.outilsfroids.net/ne.....eadability (mais je préfère tout de même mon BYM. :-) )
[Dies Irae, suite à notre dernier échange, je me suis permis de supprimer les deux derniers commentaires et d’éditer votre avant-dernier commentaire pour n’en changer que le lien erroné.]
Intéressant ce EyePlorer, bien que ses limites apparaissent vite. Le rôle du cercle chromatique (le rôle des couleurs, la nature de la discrétisation qu’elles symbolisent, à moins qu’il ne soit simplement question de faire joli !) ne me semble pas très évident de prime abord. Et puis on s’attendrait à pouvoir aller nettement plus loin, à approfondir sa recherche un peu comme avec un moteur de recherche cartographique, or là la chose tourne court (mais je n’ai fait qu’un petit essai, peut-être trop petit). Globalement on se base peut-être un peut trop sur la représentation, sans trop s’embarrasser d’explications. Et si explications il y a, il est dommage que ce ne soit pas sur la même page que la représentation. Il faut cliquer et double cliquer pour afficher certaines choses, or ce réflexe — cette curiosité — risque de ne pas être partagé par tout le monde. Sans doute, là encore, éprouve-t-on encore le besoin de limiter le “verbiage”, y compris là où ce serait bien nécessaire. J’ai mis un brave moment avant de comprendre qu’on pouvait faire un copier-coller à partir des bouts de textes qui s’affichent…
Il y a verbiage et verbiage… Ce qui me semble difficile à gérer avec les représentations du web sémantique, c’est le dosage de l’ouverture des pistes possibles, ainsi que leur pertinence. Comme beaucoup de gens je suppose, je n’aime pas trop que les pistes soient excessivement décuplées ; parfois un ou deux exemples du genre d’informations qu’on trouvera en “creusant” dans une certaine direction peuvent suffire à nous y entraîner tout en nous évitant la désagréable impression de se perdre, de se noyer. Il doit y avoir des paliers, idéalement (y compris des paliers artificiels dans le cas des exemples), or bien sûr ce n’est pas toujours possible.
Ainsi la représentation de la richesse du web sémantique actualise-t-elle la difficulté de la conception des IHM. Il faut composer non seulement avec la machine qui se sophistique, mais aussi avec la psychologie humaine qu’on aimerait voir suivre, sans mode d’emploi — ce ne serait plus si drôle — et avec nécessairement une mémoire à court terme hyper-développée. Bon enfin, c’est intéressant malgré tout hein ;-)
C’est vrai que EyeExplorer en met plein les yeux (le cas de le dire !) pour finalement une information limitée. Mais c’est le début de l’application, et à l’image du web sémantique, on tâtonne beaucoup pour trouver l’interface adaptée.
La sémantique a pour but, entre autre, de réduire foule d’information en un contenu limité, synthétisé et compréhensible. La difficulté de gestion de la quantité est donc inhérente aux problèmes que l’on essaie de résoudre ! En effet on peut créer des IHM déployables par paliers (Surf Canyon en est un exemple roi), par curseurs également (comme l’amusant dadamètre que j’avais donné comme lien au début de la conversation pour illustrer la représentation par arbres).
Finalement, même si on ne peut pas la limiter à cela, la sémantique intervient principalement dans le web pour répondre aux problèmes de la quantité d’informations. La représentation joue donc un rôle central. On peut même imaginer que là où Google a joué sur sa simplicité textuelle, un moteur sémantique jouerait sur la simplicité de sa représentation 2D des concepts. Peu de texte, très ciblé, beaucoup de placement et de compréhension par l’image. Ou bien au contraire le retour en force du texte face à l’image ou la vidéo, par l’intermédiaire d’une plus grande compréhension de l’utilisateur ?
Les deux scénarii sont complémentaires bien sûr, mais il serait intéressant de connaître la tendance. Là où certains prédisent déjà l’avènement de Youtube face à Google comme premier moteur de recherche ( http://www.internetactu.net/20.....era-google ), comme réagiront les gourous de la sémantique, pour replacer le texte au centre d’internet ?
“La représentation joue donc un rôle central. On peut même imaginer que là où Google a joué sur sa simplicité textuelle, un moteur sémantique jouerait sur la simplicité de sa représentation 2D des concepts. Peu de texte, très ciblé, beaucoup de placement et de compréhension par l’image.”
Je remarque que les moteurs de recherche cartographiques ne sont plus vraiment à la mode, bien qu’on en ait beaucoup parlé à un certain moment ; il faudrait en observer soigneusement les raisons, probablement multiples et fondamentales (où placer la pub ?!), mais n’y a-t-il pas dans ce constat de quoi réfléchir — sans se brider pour autant — quant à la représentation adéquate pour le web sémantique ? Peut-on beaucoup changer le placement sans compromettre la clarté, la lisibilité, l’intelligibilité ? J’aime beaucoup la diversité et l’inventivité de certaines représentations graphiques pour nous aider à situer, proportionner et in fine comprendre les choses. Mais vouloir aucunement me situer au-dessus de la mêlée, je me demande si cette gymnastique est largement appréciée.
Par ailleurs, si l’on devait se cantonner au texte comme vecteur principal mais pas unique d’information, il y aurait déjà amplement de quoi faire et de quoi se réjouir. L’une des grandes nouveautés du web sémantique ne réside-t-elle pas dans le “découpage” de l’information (ainsi que dans de nouvelles associations). Dans l’ajout de granularité, en vue de créer de nouvelles combinaisons et de rendre la recherche non seulement plus universelle (moins d’applications incontournables !), mais également plus fine, potentiellement plus pertinente ? Le texte reste à mon avis, et pour un moment encore, l’outil privilégié pour nommer, analyser les choses et effectuer des recherches. A fortiori bien sûr s’agissant de manier — et articuler — des concepts.
Assurément, les usages mettront des lustres avant de suivre le mouvement qu’amorce le web sémantique. La question se pose de savoir si les représentations du web sémantique doivent être aussi avant-gardistes que le WS, ou si elles ne doivent pas en quelque sorte rester volontairement “classiques”. C’est-à-dire non seulement simplificatrices (auprès du grand public s’entend), mais aussi vulgarisatrices.
En effet, il faut en quelque sorte faire un choix entre rupture avec représentation graphique, et continuité avec représentation textuelle. Mais l’acceptation du “tag cloud” n’est-elle pas déjà une avancée vers l’importance de la forme graphique ?
Qui souhaiterait des courbes, des graphiques, des arbres, des tableaux, des statistiques, comme réponse à une requête ? Certainement pas la majorité en effet, mais plutôt une niche d’analystes, de curieux, et surtout de veilleurs en tout genre… prêts à s’adapter à un outil pour ensuite le comprendre et le maîtriser.
Pourtant, il me semble que le seul moyen pour un humain de traiter efficacement une foule d’informations est de les obtenir classées, organisées, représentées, et non pas bêtement à la suite des autres, classées par un unique rang, fonction de la pertinence et de la popularité. La difficulté est d’utiliser une représentation que tout un chacun comprend au moment où il met les yeux dessus, de la même manière qu’il comprend que les résultats de Google sont classés en ligne du plus au moins important.
A partir de là, deux approches : utiliser les représentations naturellement partagées par la majorité des utilisateurs du net… ou bien créer une représentation qui changera les regards de ceux qui l’auront comprise.
Je ne crois pas que des lustres couleront sous les ponts (ou auront des dents) avant que la sémantique soit acceptée et utilisée. Elle le sera si elle descend au niveau intelligible pour un non-expert, et pour cela elle devra soit ne pas être apparente (la vision des machines parlant aux machines), soit maîtriser une ressource que n’importe qui sait utiliser : le langage. Qui n’utiliserait pas un moteur de question/réponse en langage naturel ? Sur le papier, l’ergonomie est encore bien plus simple qu’un moteur de recherche. Mais là je suis d’accord, on reste dans une représentation qui n’a rien de graphique : textuelle, voire orale.
Le principe du nuage de mots-clés est intéressant en effet, mais on perd parfois de vue ses nombreuses limites. Pour l’anecdote, je me souviens d’avoir parcouru il y a quelques mois un petit document sur les musées et le web 2.0, dans lequel l’auteur présentait d’abord quelques grandes tendance sous la forme d’un tel nuage, puis présentait ensuite ces mêmes données sous la forme d’un graphique plus classique (avec des colonnes de hauteur variable). Pourquoi ? Peur que le principe du nuage de mots ne soit pas bien compris par certains lecteurs ? Ou aveu d’une moindre lisibilité du nuage pour mettre en évidence une tendance ? En tout cas, ce document m’a permis de comparer et de constater que le nuage de mots-clés, certes pertinent car le propos portait sur le web 2.0 (et que le nuage de mots est né dans son sillage), n’était pas le mode de représentation le plus clair des deux retenus. Il ne s’agit que d’une forme de représentation parmi d’autres, qui n’est pas toujours la meilleure. Gare donc aux effets de mode, ce qui était d’ailleurs l’un des propos du document en question.
“(…) le seul moyen pour un humain de traiter efficacement une foule d’informations est de les obtenir classées, organisées, représentées, et non pas bêtement à la suite des autres, classées par un unique rang, fonction de la pertinence et de la popularité”. La liste simple peut encore faire l’affaire dans de très nombreux cas, à la condition que l’on puisse trier, filtrer, ordonner les choses avec pertinence. La pertinence du ou des critère(s) retenu(s) pour effectuer ces opérations est une de nos meilleures armes pour lutter contre la complexité, ou plutôt contre la profusion stérile, contre le bruit inutile. Quitte à choisir, je préfère mille fois une interface sommaire ou ringarde à une mauvaise indexation ou à une ontologie mal construite. Recherchons de nouvelles représentations, bien sûr, mais surtout ne tournons pas le dos à notre héritage multi-séculaire (ce serait la pire des bêtises) ; capitalisons dessus autant que faire se peut.
Complètement d’accord sur votre dernier paragraphe (si vous parlez du web sémantique et non de la sémantique). Tout est maintenant théoriquement et techniquement en place, grâce notamment au travail du W3C. Il ne reste qu’à abaisser un peu le niveau requis pour comprendre et utiliser efficacement. Entre autres choses, j’attends beaucoup de CMS tel que Drupal sur ce terrain…