La pose communicante du président

Publié le 7 juin 2007 (modifié le 10 janvier 2010) par Erwan

sarkportLa pose communicante du présidentLe portrait officiel du nouvel occupant de l’Élysée a été volontiers qualifié de raté. Mais l’approche gagnerait peut-être à intégrer la communication politique, qui a ses objectifs propres.

sarkportLa pose communicante du présidentLa photographie officielle du nouveau président de la République française, prise le 21 mai par Philippe Warrin (Sipa), doit figurer sur les murs de dizaines de milliers d’administrations durant cinq ans au moins. Ne serait-ce que du fait de ces nombreuses bonnes places et de sa pérennité, cette image fixe-là mérite qu’on s’y arrête. Bien d’autres l’ont fait avant moi.

Les auteurs de nombreux billets déjà dédiés au portrait, sans oublier ceux qui ont apposés leurs commentaires sous lesdits billets, trouvent souvent le portrait raté [1]. Mais il faut peut-être cesser de le regarder autant comme l’œuvre d’art qu’il ne prétend pas être (P. Warrin pour Le Monde : « Je ne me prends pas pour un artiste, j’essaye de plaire à la personne que je photographie et je travaille pour gagner de l’argent. »).

Regardons aussi cette photographie comme une image de communication politique, ce qu’ont toujours été les photographies du genre. Et ce que celle-ci est peut-être tout particulièrement, compte tenu du sujet photographié et du calendrier politique. Je focalise mon attention sur la pose du chef de l’État sur cette photographie.

Le président rappelle le candidat

affichesarkozy2007 01 goodLa pose communicante du présidentConstatons simplement ceci : il y a une nette similitude entre la pose du président sur son portrait, d’une part, et celle du candidat sur le message visuel de la campagne présidentielle (celui-là même que j’ai longuement évoqué ici), d’autre part. Versac a repéré lui aussi cette similitude, bien que son commentaire soit tout en nuances :

« […] on le sent finalement proche de son affiche de campagne, mais en même temps plus tendu. Il avait à l’époque le torse plus bombé, les mains derrière le dos, en candidat. Il a maintenant les bras lâchés le long du corps, et une impression plus ferme, haute. » [2]

Je me bornerai pour ma part à souligner, avec insistance, la similitude. Je ne donne pas tort à Versac de vouloir ainsi préciser les choses, mais il faut s’imaginer un instant que la pose du président sur son portrait officiel aurait pu être toute différente de celle de l’image de sa campagne électorale. Or c’est la même, à peu de choses près.

Pourquoi ? On comprenait qu’un candidat pose en jouant un peu au président (au moins autant qu’en candidat, n’en déplaise à Versac), mais pourquoi l’inverse ? Quelle importance devons-nous accorder à cette similitude ?

Le bon profil…

Je vois deux hypothèses à émettre. La première correspond à une importance faible à donner à cette similitude : c’est celle du « bon profil ». Elle consiste à supposer que Nicolas Sarkozy aurait appris quel était l’un de ses profils les plus avantageux, par exemple à l’occasion de la réalisation de l’image utilisée durant la campagne pour la présidentielle. Soucieux de faire également bonne figure sur son portrait officiel, il aurait simplement reproduit la pose. Copier, coller.

La chose est plausible, d’autant que c’est P. Warrin qui aurait aussi fait le portrait utilisé pour le message visuel panoramique (ou encore, isolément, pour « décorer » l’escalier du siège de campagne du candidat de l’UMP). Un article du Figaro nous l’indique… en laissant un peu douter au passage que le fameux bon profil ait été vraiment trouvé :

« À l’UMP, […] beaucoup de sarkozystes ont critiqué mezza voce cette affiche où l’on voit une photo assez figée du candidat […]. Certains amis du candidat ont critiqué ouvertement le cliché réalisé par le photographe de la Star’Ac. ‘Ça ne ressemble pas à Nicolas’, a jugé l’ami artiste Didier Barbelivien. Un mois plus tard, la photo sera finalement changée. » [3]

… c’est surtout le même profil

Ne délaissons pas cette hypothèse du bon profil, qui a sûrement une part de pertinence. J’émets toutefois cette hypothèse complémentaire, qui confèrerait un véritable intérêt et une importance à la pose sarkozienne : plus qu’une simple « photo people » [4], la similitude entre le portrait et l’affiche sur ce plan serait un véritable acte de communication politique. Elle contribuerait, en appui à d’autres actes de communication contemporains, à dire aux Français à peu près ceci : « Certes, maintenant je suis devenu autre chose qu’un candidat ‘en campagne’ parmi d’autres ; je suis désormais le président, à l’Élysée, mais je suis resté le même ».

On trouve facilement la trace d’un tel souci de conformité avec le « candidat d’avant » dans les propos martelés par le président. Le Havre, 29 mai :

« Ce que j’ai dit, je le ferai. Je le ferai dans la concertation, dans la négociation. Je le ferai calmement, en essayant de convaincre plutôt que de passer en force. Mais, croyez-moi, je le ferai. »

Ou encore :

« J’ai reçu un mandat du peuple français. Je n’ai pas menti. J’ai dit ce que j’allais faire et je le ferai. J’admets que c’est une nouveauté » [5]

Paraître conforme au candidat Sarkozy (à sa détermination affichée, à son programme, à ses promesses) est manifestement un objectif de communication qu’il est important d’atteindre pour le président. L’un comme l’autre auront vite cherché à rassurer l’électorat, que ce soit durant la campagne présidentielle ou au-delà, à l’orée des législatives. Car tout n’est pas joué à l’heure où sort l’image ; on le sait, le chef de l’État a besoin d’une majorité aussi imposante que possible à l’Assemblée nationale pour asseoir son pouvoir.

Il n’est plus question, pour N. Sarkozy, de rassurer en disant : « j’ai changé », mais au contraire de soutenir qu’il est comme avant le 6 mai, la fonction présidentielle en plus. Entre deux scrutins si rapprochés et si importants, le portrait officiel aurait-il été utilisé pour enfoncer le clou ?


Notes :
  1. (Ajout, 16/06/2007) Lire entre autres l’analyse de Ouinon, et plus particulièrement le point 5 (“les commentaires sur l’image”) de son billet : “Reparlons-en en détail” (Ouinon.net, 26 mai 2007). [retour]
  2. Versac, « Officielle », Versac.net, 23 mai 2007. [retour]
  3. Bruno Jeudy, « Les candidats se cherchent en haut de l’affiche », Lefigaro.fr, 29 mars 2007. J’ai déjà eu l’occasion de citer cet article. [retour]
  4. Le photographe Olivier Rollier estime qu’on « retrouve tous les codes de la photo people » dans le portrait officiel du nouveau Président. Source : Hervé Marchon, [« ‘Sarkozy n’est pas à sa place dans cette photo’ »][lien mort, constat déc. 2008], Liberation.fr, 23 mai 2007. [retour]
  5. Philippe Ridet, « Sarkozy veut être un président qui gouverne », Lemonde.fr, 30 mai 2007. [retour]

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5 commentaires sous ce billet :

  1. LaurenT le 8 juin 2007, 21:00 :

    La pose est la même mais l’éclairage n’a rien à voir.
    Une ombre à droitel’autre à gauche .
    Il à éclairé sa gauche après son élection !
    De même le regard est plus descendant (condescendant même) et la lumière donne des reflets sur les ondulations de la chevelure?
    Un coté play boy maltais ?
    tout cela donne une sensation de “gravité tranquille”.
    Il habille la fonction et l’on ressent presque une bonhomie rassurante avec cette éclairage.Reste que la photo est très laide semblant gorgée de retouche numérique ici ou là.

  2. Erwan le 8 juin 2007, 23:01 :

    “La pose est la même mais l’éclairage n’a rien à voir. Une ombre à droitel’autre à gauche .”

    Merci de votre commentaire. En effet, j’avais noté également ce changement d’éclairage (difficile d’y échapper lorsqu’on juxtapose les deux portraits comme je l’ai fait ci-dessus). En fait, le visage est éclairé sensiblement de la même façon, la source de lumière a simplement changé de côté. Mais j’avoue que je ne sais pas bien quoi faire de ce constat pour l’instant. Je l’ai donc laissé de côté… Et on peut bien sûr apporter nombre de précisions sur les petites différences entre les deux images. Elles ont leur importance, elles aussi, mais ne passons pas à côté des grandes ressemblances pour autant…

    S’agissant des retouches, vous faites bien d’en parler car c’est assez drôle. Interrogé par Tvmag.com sur la présence de retouches (“Exclusif ! Le récit de la photo officielle de Nicolas Sarkozy”, 21/05/2007), Philippe Warrin a d’abord affirmé : “Absolument pas ! Ce n’est pas le genre du Président. D’ailleurs, il avait très bonne mine puisqu’il revenait d’un week-end à Brégançon. Quant à l’éclairage, il était simple et très sobre. J’ai ajouté quelques zones d’ombre pour donner du relief à l’image.” Et puis dans un article du site LeMonde.fr (“Une photo présidentielle, version people”, Laurence Girard, 26/05/2007), il nous annonce : “Pour la photo officielle du président, je n’ai retouché que le costume, car les manches étaient froissées”. Peut-être en apprendrons-nous davantage encore de sa bouche dans quelques temps… Dans cinq ans ou dix ans par exemple, pour ne pas “froisser” trop vite celui qui a été si soigneusement retouché…

  3. t@nGi le 10 juin 2007, 16:08 :

    Intéressant bulletin, merci. Pour ma part, l’aspect du visage sur la photo officielle me ferait presque croire que c’est la statue du Musée Grévin qui a été prise. Un manque de naturel criant.

  4. Erwan le 10 juin 2007, 18:42 :

    Je ne dis pas le contraire, Tangi. Mais je remarque tout de même que sur le portrait officiel N. Sarkozy semble moins maquillé (ou moins retouché) au niveau du visage que sur son affiche de campagne.

  5. Stéphane Deschamps le 11 juillet 2007, 8:59 :

    Bonjour,

    Sur les retouches, pour référence, voir l’article d’Embruns, Photo du jour.

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