Devant le logo de France Télévisions (1/2)

Publié le 7 octobre 2007 (modifié le 6 novembre 2009) par Erwan

logoft dDevant le logo de France Télévisions (1/2)Sur un forum de discussion, CyrilusOne se demande : « j’aimerais bien savoir ce que les graphistes de France Télévisions avaient dans la tête lorsqu’ils ont créé les logos en forme de trapèze ». Tentative de réponse, en me penchant surtout sur le logo du groupe. Première partie.

NB : Cet article porte sur l’identité visuelle du groupe France Télévisions entre le 7 janvier 2002 et le 7 avril 2008. En fin d’article (fin du 2e billet), un prolongement est proposé au lecteur vers un autre article de ce blog, évoquant (entre autres choses) l’identité visuelle du groupe en vigueur depuis le 8 avril 2008. Il est question dans cet autre article de la mode des reflets (et de l’influence du design d’Apple).

Je déplore de ne pas trouver facilement d’explications sur l’identité visuelle du groupe France Télévisions, sur son site. C’est pourtant un point de départ possible pour s’intéresser à une institution, et la question de CyrilusOne montre que la réponse n’est pas si évidente. Je tente donc ici de construire une réponse, car elle m’intéresse aussi, en me demandant quels peuvent être le sens et l’intérêt du logotype de France Télévisions (voir ce logo sur le site du groupe, cf. le lien proposé plus haut). Ceux des principales chaînes du groupe n’en sont que des émanations, des déclinaisons.

Premières impressions. J’associe les motifs quadrangulaires au mot “télévisions”. La succession des panneaux suggère l’idée d’animation, de succession des images. Pour commencer, le peu que j’ai pu glaner sur les origines de l’identité visuelle du groupe France Télévisions. Je trouve la trace de Gordon [1]. Interviewé par une agence de communication l’an passé, Gordon dit avoir travaillé sur l’identité visuelle du groupe avec l’agence Gédéon, en 2001. Nos cursus respectifs ont au moins un diplôme en commun : le BTS expression visuelle. J’apprends également que les nouveaux logos ont été mis en place en janvier 2002, avec comme source d’inspiration déclarée la télévision publique anglaise (BBC) [2].

Description rapide du logo du groupe. Je vois sur ce logo quatre panneaux quadrangulaires, sans épaisseur, qui semblent montrés sous différents angles. En dessous, sur une ligne, en bas de casse, la mention « france télévisions ». Le second mot est plus gras.

Premières impressions. J’associe les motifs quadrangulaires au mot « télévisions ». La succession des panneaux suggère l’idée d’animation, de succession des images. La série me fait donc penser au mouvement, mais elle semble ne constituer malgré tout qu’une partie d’un tout plus vaste [3]. Je suis également tenté d’associer le mot « France », aux couleurs bleue (forme) et blanche (fond) [4]. Mais où est le rouge ? J’y reviendrai. Je remarque dans le texte l’absence de capitale initiale, qui symbolise peut-être une certaine humilité.

Vers un territoire audiovisuel plus cohérent

Passé ce premier stade, je dois bien avouer que je sèche un tantinet. Alors je me documente un peu plus, sur l’institution cette fois [5]. En parcourant un intéressant mémoire dédié à l’image des chaînes de France Télévisions, je réalise que l’identité visuelle du groupe et le groupe lui-même ont des vocations qui coïncident, en partie : il leur faut renforcer la cohérence de l’audiovisuel public français [6]. Pour se différencier de la concurrence dans ce « champ de bataille » qu’est le PAF, il faut affirmer l’identité commune du groupe et de ses chaînes, avant tout.

Dans une identité visuelle, la cohérence passe par des éléments ou des principes communs. Il y a ici le recours aux polices de caractères d’une même famille typographique, dont une variante aurait été conçue pour le groupe [7]. Il y a la répétition d’un même motif, toujours bleu, comme le texte. Il y a encore l’alignement de ces motifs sur un même axe [8].

Les motifs en « trapèze » sont bien sûr à comprendre comme des écrans, et à un autre niveau sémantique comme les chaînes de télévision du groupe. Mais résumer le groupe à un ensemble de chaînes serait réducteur. Sur son site, ses diverses activités sont à la fois présentées [par une rubrique textuelle][lien mort, 28/11/2008], et plus loin par une [page de logos][lien mort, 28/11/2008].

Cette dernière est l’occasion de constater un gros effort de cohérence graphique au-delà du seul logo du groupe. Cependant, on le voit clairement, la cohérence n’a pu être totale. Un coup d’œil aux chaînes thématiques ou internationales suffit à se convaincre que le groupe ne parvient pas à avoir également prise sur tout. L’héraldiste nous l’a appris depuis longtemps : le graphisme est un bon révélateur de limites politiques…

Deux formes d’effacement graphique

La cohérence graphique totale des logos du groupe, si elle était effective, ne serait pas un gage suffisant de clarté. Ainsi, [sur le site du groupe][lien mort, 28/11/2008], je lis que « la loi sur l’audiovisuel public promulguée le 2 août 2000, a permis d’une part la création du groupe France Télévisions et d’autre part de la société holding qui coordonne les activités des chaînes ». Mais je ne vois nulle part le logo de la holding, ce qui m’aiderait à distinguer cette entité au sein du groupe. Par ailleurs, la cohérence graphique présente ce risque que [certains logos][lien mort, 28/11/2008] se ressemblent un peu trop, comme par exemple ceux de France Télévisions publicité, France Télévisions interactive et France Télévisions distribution.

La cohérence, d’accord, mais pour exprimer quelles missions et valeurs communes ? En consultant la « charte de l’antenne », accessible à partir du site du groupe, je lis :

« Les objectifs du secteur public de l’audiovisuel répondent à des critères échappant à la loi du marché. Ainsi, l’exercice de ses missions sert l’intérêt général, le lien social, le pluralisme, la diversité des programmes et des genres, pour tous les publics. Il participe de la vie démocratique. L’acquittement de la redevance [9] […] est la garantie pour le service public de son indépendance, et lui créé une obligation à l’égard des téléspectateurs, dans une relation d’échange. » [10]

Isolons de l’extrait de la charte de l’antenne que nous venons de citer deux idées, susceptibles d’inspirer le créatif-graphiste dans sa tentative de traduction visuelle des valeurs et missions du groupe.

Suite et fin de l’article : ici.


Notes :
  1. Ajout, 11/12/2007. Gordon aurait pour véritable nom Thierry Guernet. [Source : evasion.cc][lien mort, constaté le 03/04/2009]. [retour]
  2. Ce paragraphe a été complété le 12 puis le 17/12/2007. Source pour la mise en place de la nouvelle identité visuelle : Jérôme Roulet, « Les nouveaux logos de France Télévisions », Toutelatele.com, 08/01/2002. [retour]
  3. (Ajout, 15/01/2008) J’ai remarqué dernièrement que le mouvement que me suggère le logo à l’état fixe est différent de l’animation de ce logo telle qu’on peut observer quotidiennement, sur une chaîne telle que France 2. [retour]
  4. Le logo en bleu sur fond blanc semble être l’usage le plus recommandé, celui qu’on trouve en tout cas en haut du site. Mais on peut également le voir en blanc sur fond bleu, noir ou autre. (Ajout, 14/12/2007) Sur l’évocation de la France mais par la forme, voir aussi la seconde partie de l’article. [retour]
  5. Les deux précédentes phrases ont été ajoutées le 4/12/2008, pour clarifier la démarche. [retour]
  6. Clémentine Mervelet (Iscom), « Comment les chaînes de France Télévisions se différencient-elles des chaînes de télévision privées sans semer la confusion chez le téléspectateur ? », Memoires-online.com, 2005 (?). [retour]
  7. Tougouda, « Typographie France Télévisions », blog.lenodal.com, 6/11/2006. [retour]
  8. À toutes fins utiles, l’internaute pourra rapprocher le logo du groupe France Télévisions de celui de la Cinémathèque française. Il y trouvera également une multitude d’écrans en perspective… mais sans véritable alignement. [retour]
  9. En 2006, la redevance finance 64 % de l’ensemble de l’audiovisuel public français (soit 2,74 milliards d’euros sur un total de 3,6), complétée par d’autres ressources publiques (12 %) et par la publicité et les sponsors (24 %). « Le montant de la redevance […] est très inférieur à la moyenne des taxes finançant l’audiovisuel public dans les autres pays européens proches ». Source : Macha Séry, « Audiovisuel public, à quoi sert la redevance ? », Le Monde, 3/10/2007, p. 18. [retour]
  10. Charte de l’antenne, 1.1. [retour]

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