Des sites inégalement « branchés » image

Publié le 9 mai 2007 (modifié le 10 janvier 2010) par Erwan

Page d’accueil du site de RTE (D.R.)Quelle importance accorder à l’iconographie d’un site internet institutionnel ? Je me suis intéressé à l’utilisation de la photographie sur (et autour de) deux sites : ceux de RTE et de Suez.

L’enfer des pylônes fades

L’iconographie des sites de Suez et de RTE a au moins ce thème en commun : l’électricité. Sur la page d’accueil du site de RTE, il est question d’électricité sous trois formes imagées : des fils électriques sur fond de ciel bleu ; une carte d’Europe sur laquelle figure une myriade de points lumineux (il s’agit sans doute d’une photographie satellitaire) ; et des pylônes électriques, dont on trouve deux occurrences au centre, pour annoncer les pages « un siècle de transport d’électricité » et « la consommation en temps réel ».

RTE

C’est une filiale du groupe EDF, créée en 2000. RTE remplit le rôle de gestionnaire du réseau de transport d’électricité, à l’heure où le marché français de l’électricité s’ouvre à la concurrence. RTE a des missions de service public : gérer les infrastructures, assurer le flux de transport d’électricité, et contribuer globalement au bon fonctionnement du marché de l’électricité en France.

La présence de pylônes ne se résume pas à cette page d’accueil, ni même à ce site. Sur le site lui-même, on en trouve en marge des pages de nombreuses rubriques (exemple 1, ex. 2, ex. 3). On trouve encore de nombreux pylônes sur la page d’accueil du site Arteria, accessible depuis la page d’accueil du site de RTE, où il est question « d’aménager les pylônes électriques de RTE […] pour accueillir des équipements de communications électroniques ». Etc.

Page d’accueil du site de RTE, détail sur les photographies de pylônes, au centre de la page.

En clair, avec RTE, l’internaute a affaire à des pylônes sur beaucoup de pages du site et au-delà, sur d’autres sites que l’on qualifiera de périphériques. La chose pourrait paraître normale, venant d’une structure telle que RTE, à ceci près : la filiale d’EDF s’obstine à nous montrer et à nous re-montrer ces gigantesques objets métalliques que nous jugeons généralement forts laids, qui font peur aussi, et qu’à ces titres nous n’aimons pas du tout voir. Il existe tout de même des façons plus avantageuses d’évoquer la « fée électricité ». Ne nions pas la réalité (ce n’est pas du tout mon propos), mais de là à appuyer là où ça fait mal…

Montrer la fée ou la dissimuler sous des sourires

On pourrait même imaginer d’autres façons d’évoquer le réseau électrique et ses bienfaits. Par exemple, la piste de la photo satellitaire montrant la France illuminée pourrait mériter une plus ample utilisation. Et quitte à en rester à ces visions micro du réseau électriques que constituent les pylônes, a minima RTE aurait pu tenter de les rendre un peu plus intéressants, par exemple en nous faisant profiter de points de vue insolites. Ça ressemble à quoi un pylône, vu du haut d’un pylône ? [1]
La page d’accueil du portail du groupe EDF (D.R.).

Nous pourrions à la rigueur comprendre que RTE se borne à limiter son iconographie aux pylônes de façon à laisser l’évocation franche de l’électricité sous d’autres forme au reste du groupe. Mais un coup d’œil sur le portail d’EDF et on s’aperçoit que l’électricité n’y existe pour ainsi dire plus en tant que thème iconographique. Apercevons encore les pages d’accueil des sites visant les particuliers, les professionnels, les entreprises… Le parti retenu est principalement de montrer des gens plutôt heureux, au travail ou chez eux.

Il y a manifestement eu une réflexion intéressante sur le rôle de l’image chez EDF, dont la filiale RTE n’a pas profité.Il y a manifestement eu une réflexion intéressante sur le rôle de l’image chez EDF, dont la filiale RTE n’a pas profité. L’iconographie du groupe semble consister à faire comprendre que l’électricité est une « bienfaitrice » à la fois omniprésente et invisible. On est dans le bénéfice pur : jouissance et insouciance égoïste.

RTE, loin du grand public, persiste de son côté à exploiter des images de vilains pylônes, à peu près tels que nous les voyons et détestons la plupart du temps. J’ajoute que RTE nous montre en page d’accueil ses pylônes tels que le commun des mortels pourrait les photographier (s’il ne les trouvait si laids et angoissants) : en contre-plongée ou d’assez loin, souvent sur fond de ciel nuageux. Il résulte de ce que j’interprète comme une négligence à l’égard de l’iconographie des pages globalement fades, ennuyeuses et même rebutantes, incitant fort peu à la lecture.

Le refus du banal de Suez

Page d'accueil du site suez.fr (D.R.)

Passons maintenant au site de Suez. D’accord, il n’est plus exactement question de gestion d’un réseau électrique national. Et les cibles, les enjeux et peut-être aussi les moyens de communication ne sont pas exactement les mêmes. Nous nous mettons donc à comparer ce qui n’est pas totalement comparable et, de plus, comparaison n’est pas raison. Toutefois, sur une page de son site, Suez propose des prestations de type « conception, construction et exploitation d’infrastructures d’électricité. » ; « Conception et réalisation d’installations de génie électrique […] ; Gestion des réseaux d’énergie et des utilités sur site. », etc. Autant de choses qui, de prime abord, semblent assez « proches » de RTE.

Suez

La Compagnie financière de Suez et la Lyonnaise des eaux ont fusionné en 1997, puis le groupe a été rebaptisé « Suez » en 2001. Suez conçoit des solutions dans la gestion de services d’utilité publique. Les domaines d’action du groupe sont l’électricité, le gaz, les services à l’énergie, l’eau et la propreté.

L’internaute peut constater là encore une nette différence au plan de l’iconographie. Pour s’en tenir à la page d’accueil du site de Suez, nous pouvons voir dans une large frise une ampoule en gros plan vue de façon insolite (comme si nous la regardions en étant collé au plafond, à la manière de Spiderman). Nous pouvons aussi voir, au prix d’un abandon très provisoire du thème électrique, de photogéniques silhouettes d’ouvriers ainsi que de belles gouttes d’eau saisies au cœur d’un monde végétal. L’ensemble n’est pas d’une immense profondeur mais c’est contrasté, haut en couleurs, relativement surprenant ; la frise de Suez est attrayante ; elle retient l’attention.

Notons également, au passage, l’importante superficie occupée par l’iconographie. Elle n’est pas traitée sous la forme de minuscules vignettes, ou déportée en marge des pages comme des éléments secondaires dont on semble assez mal s’accommoder ; suivez mon regard. L’iconographie fait ici au moins jeu égal avec le texte. L’image, dans la maquette du site comme sans doute dans les esprits, occupe une place centrale dans la communication du groupe Suez, via internet en tout cas. Nous pourrions dire la même chose du groupe EDF, à part pour…

Bref, il me semble que RTE pourrait intégrer la large diffusion dans notre pays de l’accès à internet à haut débit, qu’elle propose d’ailleurs via Arteria à divers opérateurs et autres collectivités territoriales, sous la forme de fibres optiques. Cela l’aiderait peut-être à se décomplexer quant à l’utilisation de larges et meilleures images, moyennant une indispensable réflexion préalable. On le lui souhaite de tout coeur.


Notes :
  1. Certes, l’idée n’est pas sans poser problème. De telles photographies pourraient donner envie à des photographes en herbe d’en faire autant… [retour]

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