Des reflets « nickel chrome » (2/3)
Publié le 3 décembre 2008 (modifié le 10 janvier 2010) par Erwan
Suite de mes remarques sur ces pseudo-reflets qui nous entourent. L’origine de leur développement actuel est-elle à associer d’abord au web 2.0 ou plutôt aux produits et à la communication de quelques grosses entreprises ?
À quel phénomène faut-il rattacher cette généralisation des reflets ? Je suis tombé sur un billet d’un chef de projet informatique, daté de 2006, selon lequel :
« Chaque décennie voit apparaître une nouvelle mode graphique : les coins carrés, les coins arrondis, les ombres portées, etc… Avec le Web 2.0 (et aussi Apple) est arrivé l’effet reflet »
Web 2.0 ? Pourtant, il y a peu de reflets à signaler sur des interfaces de références telles que Facebook, Flickr ou encore Del.icio.us. Elles ne se permettent pas d’avoir des pages trop chargées de graphismes superflus [1].
L’aura de la pomme
Certes, on trouvera une profusion impressionnante d’exemples de reflets sur ces autres supports web 2.0 par excellence que sont les blogs, bien moins massivement sollicités individuellement en termes de trafic. Toutefois, l’influence centrale d’Apple (de ses produits, de sa publicité) sonne plus juste : Apple ou le high tech fun (« No more beige box » clame une [publicité][lien mort, constat le 17/08/2009] pour ce berlingot informatique qu’était le premier iMac, sorti en 1998) ; Apple le chouchou des industries graphiques. Je persiste et signe (!) : les nouveaux logos du groupe France Télévisions, avec leurs reflets doublés de leurs couleurs, font avant tout furieusement penser à Apple (cf. la première partie).
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En lien avec Apple et l’une de ses cibles que sont les designers au sens large, je pense tout de suite aux possibilités de logiciels de graphisme tels que Photoshop et Illustrator, d’Adobe Systems [2]. Sur ce dernier, outre la possibilité de créer facilement des calques superposables et des « dégradés » entre nuances, un jeu de transparences très riche est devenu possible à partir de la version 9 du logiciel, soit dès 2000 (peu après le logiciel Freehand parait-il). Avec de tels outils, les possibilités de création de reflets se sont à la fois simplifiées et enrichies au fil du temps.
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Aujourd’hui, une entreprise comme Microsoft, à travers sa suite logicielle Office, remplit à son tour et à elle seule un double rôle de prescripteur et de pourvoyeur auprès du grand public utilisateur :
- elle propose aux utilisateurs des reflets, entre autres enrichissements graphiques, à intégrer facilement aux documents qu’ils produisent [3] ;
- et elle prescrit tacitement l’utilisation de ces reflets par l’exemple, à travers les reflets figurant sur les interfaces de ses propres logiciels (voir l’exemple de Word 2007 ci-contre).
Ainsi l’utilisateur peut-il être fortement tenté d’employer les mêmes effets de reflets que ceux que le fabricant déploie d’Office à Windows Vista. Mais pas nécessairement aussi habilement et, surtout, pas avec le même degré de conscience des raisons de ses choix.
Au revoir l’aérographe, bonjour la touche « reflet » !
Il reste à voir dans quelle mesure ces fonctions d’ajout de reflets vont être appropriées par les non graphistes. S’agissant des présentations, nous disposons d’indicateurs tels que le site Slideshare.
Apple et Adobe auraient donc joué respectivement un rôle de prescripteur et de pourvoyeur technique de reflets auprès de leurs utilisateurs, avant que, dans leur sillage, Microsoft n’endosse ce double rôle et promeuve à sa manière les reflets auprès d’un public plus vaste [4]. Voilà qui serait fidèle à un schéma amplement commenté : Apple innove, puis Microsoft copie Apple (d’où viennent la souris ou encore la corbeille ?). Le schéma en question était encore pertinent il y a peu : un billet de décembre 2006 rend compte de la possibilité d’ajouter des reflets à une présentation faite au moyen du logiciel Keynote d’Apple, et annonce la reprise de ces nouvelles fonctionnalités dans la future version 2007 de MS Powerpoint [5].
Tout ceci est sans doute réducteur, ne serait-ce que parce qu’il n’est question que d’un nombre restreint d’acteurs, tous américains, appartenant tous au monde de l’informatique. Toutefois, les acteurs-là ont l’importance que l’on connait, et ils jouent manifestement un rôle capital dans la généralisation des reflets au cours des dernières années. Nous en savons suffisamment je pense pour pousser la réflexion un peu plus loin. Si les reflets sont ainsi placés à portée de vue et de clic d’un nombre croissant de gens, c’est que ces reflets ont au moins un intérêt. Ô miroir, mon beau miroir, me diras-tu lequel ? [6]
Lire la fin de l’article (partie 3/3) ici.
Notes :
- Selon le JdN, le graphisme Web 2.0 ressemblerait plutôt à ça : « La tarte à la crème, dans ce domaine, consiste en un fond blanc (l’influence iPod ?) ou dégradé très clair, flanqué d’un logo coloré utilisant une typographie arrondie. Les ‘blocs’ de contenus arrondissent eux aussi les angles, et la palette de couleur est très colorée. L’ensemble offre un abord sympathique, parfois enfantin, qui renforce la simplicité voulue de la navigation. » Source : Raphaële Karayan, « Comment reconnaître un site web 2.0 ? », Journal du Net e-Business, 01/09/2006. Parallèlement, de nombreuses autres sources associent les reflets au web 2.0. Exemple 1, exemple 2. [retour]
- Rappelons que ces logiciels Adobe n’ont été utilisables que sous Mac OS à leurs débuts. [retour]
- Outre Powerpoint, voir par exemple les options d’enrichissement des graphiques réalisés sous Excel. [retour]
- Microsoft a un rôle important de cristallisation de certains effets de reflet sous la forme de touches simples, là où une grande palette d’effets est possible avec les logiciels d’Adobe. [retour]
- Source : Mathieu Thouvenin, « Apple Keynote : What’s next ? », mathieuthouvenin.com, 21/12/2006). [retour]
- Les trois derniers paragraphes sont le résultat d’une réécriture datant du 8/12/2008. [retour]
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