Des reflets « nickel chrome » (1/3)
Publié le 23 novembre 2008 (modifié le 10 décembre 2008) par Erwan
Certaines tendances qui imprègnent notre communication visuelle au quotidien mériteraient qu’on s’en étonne un peu plus. Une de ces tendances consiste à mettre des reflets partout. Première partie d’une liste de réflexions et hypothèses sur ces reflets.
Ces pseudo-reflets en question, imitations d’une lumière venant frapper ou traverser une matière, apparaissent souvent sur un élément de communication graphique. Il y a par exemple ces reflets dont on affuble un logo, sous la forme de transitions ou de dégradés plus ou moins appuyés, plus ou moins transparents.
Ils semblent parfois plutôt judicieux, comme par exemple sur le logo de Renault (longuement évoqué sur ce blog il y a quelques mois). Mais quel intérêt pour France Télévisions (dont les précédents logos ont été évoqués ici également), qui a ajouté dernièrement des reflets sur ses logos ? Le communiqué annonçant l’« évolution » de l’identité visuelle parle volontiers des couleurs, mais pas des reflets. Il est simplement précisé que les « logos des chaînes passent en 3D à l’antenne », sans indiquer si « en 3D » fait référence aux reflets ou, plus vraisemblablement, à l’animation des logos [1]. Seul, je peine à trouver un intérêt à ces reflets-là. Outre que le sens de ces nouveaux reflets m’échappe pour l’instant, ma seule certitude est que ces logos ont légèrement perdu en lisibilité.
Une couche de vernis parasite
De ces reflets, on en trouve abondamment sous la forme d’éléments divers d’une interface, qu’il s’agisse de RIA (Rich Internet Application) ou de RDA (Rich Desktop Application). En matière de RDA, je pense notamment aux effets des boutons ou des fenêtres du système d’exploitation Mac OS X (Apple). France Télévisions cherche-t-il à faire penser à Apple, à ses gammes de couleurs acidulées comme à ses reflets, perceptibles sur ses objets et logiciels ? Est-ce là la Référence ? Nous y reviendrons.
Très à la mode (en fait déjà bien trop vu) : les reflets peuvent aussi apparaître à la périphérie de certains éléments, par exemple sous les images composant une galerie virtuelle. L’ensemble donne l’impression que les images tiennent droit sur leur tranche et glissent sur une surface lisse (voir cette démonstration de la galerie d’images basée sur JavaScript, « MooFlow » ; tester aussi l’add-on Cooliris avec le navigateur Firefox).
Dans ce type d’exemple (surtout la démo MooFlow), il arrive que le reflet, trop proche, trop présent, perturbe la perception des limites inférieures de l’image. Là encore, faute de réglages raisonnables, la lisibilité est remise en cause. Quand je lis que d’après une étude (c’est moi qui souligne) « 90% des marketers déclarent vouloir intégrer les technologies riches sur leur site pour améliorer l’expérience utilisateur », je dis attention au réglage de ces reflets qui les accompagnent si souvent… [2]
La longue glissade du graphiste
Jouxtant de près la question de la « démocratisation » de la retouche, l’adjonction de reflets en tous sens et par tout le monde mériterait elle aussi qu’on s’y attarde un moment (bien que cette seconde pratique soit sans doute moins polémique que la première). Qu’on se le dise, un reflet peut aujourd’hui être appliqué en un clic par n’importe qui, à n’importe quelle illustration, dans un logiciel bureautique aussi courant et facile d’emploi que MS Powerpoint 2007.
Avec cette démocratisation-là, les graphistes sont encore et toujours confrontés à un dilemme qui n’est sans doute pas près de s’atténuer. Ils avaient auparavant le privilège du recours aux plus belles polices de caractères, aux images, et aux effets plus ou moins complexes tels que l’ajout de reflets. C’est toujours un peu vrai, mais les choses évoluent doucement, et maintenant, pour justifier leur rôle, la seule planche de salut consiste à aller toujours plus loin dans la sophistication, dans la complexité… Au risque parfois de perdre en lisibilité (un comble, naturellement). Il leur faut en permanence se montrer capables de produire ce que le commun des mortels ne peut pas produire, ce qui fascine encore monsieur Toutlemonde parce que ce monsieur-là ne sait pas le faire. Pas encore.
Lire la suite de l’article (partie 2/3) ici.
Notes :
- Source : France Télévisions, 7/04/2008 (PDF, 1 page). (Ajout, 3/12/2008) Au passage, je constate que les logos des chaînes du groupe font l’objet d’oscillations diverses sur le site de présentation de la nouvelle grille des programmes, mais sans que ces mouvements aient la moindre incidence sur les reflets portés par lesdits logos, qui eux demeurent statiques tels des nervures dans du marbre. Oui, je chipote… [retour]
- Source : Frédéric Cozic, « Que sont les applications riches (RIA) ? - Partie 1 », Aysoon, 4/06/2007. [retour]
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