Bioshock, un jeu vidéo d’exception

Publié le 20 avril 2008 (modifié le 10 janvier 2010) par Erwan

Bioshock (Copyright: 2K).Bioshock est un enchantement vidéo-ludique pour adulte. Noir et recherché sur le fond, il est aussi haut en couleurs sur la forme : les décors et le rendu de l’eau contribuent à faire de ce jeu une chose assez étanche à la critique.

Je suis un adulte qui joue parfois à des jeux vidéo. Cet aveu étant fait, j’aimerais parler d’un jeu particulièrement réussi : Bioshock, édité par l’américain 2K (anciennement Irrational Games).

Un titre espéré « comme le Messie »

Bioshock existe seulement sur Xbox 360 et sur PC à ce jour. Il est sorti… en août dernier. Cette ancienneté, ainsi que celle de la console [1], rendent l’expérience financièrement plus accessible à un grand nombre de joueurs désormais, tous terminaux confondus.

Je ne suis évidemment pas le premier à écrire mon agréable surprise devant ce jeu. Citons une première fois ce test de Gamekult.com, qui date de la sortie du jeu et qui rend compte du « choc Bioshock », y compris chez les geeks :

« Il y aura un avant et un après BioShock. Brillant, superbement conçu, intelligent, le titre d’Irrational Games est une véritable expérience, qui se révèle graduellement au sein d’un monde ludique comptant parmi les plus recherchés et les plus convaincants jamais conçus. Mariant de la plus belle façon qu’il soit le gameplay et la narration, il s’agit d’un de ces titres qu’on attend comme le Messie et qui, non content d’incarner la cristallisation des attentes de nombreux joueurs, parvient à les surpasser avec maestria. Une réussite magistrale. » [2]

Pour une vue globale sur ce jeu, l’internaute pourra lire l’intégralité du propos de raggal, avec lequel je suis très largement d’accord. Il est également possible de parcourir, à partir du même site, une galerie de captures écran et même de visionner quelques vidéos. Je veux souligner quant à moi deux ou trois aspects du jeu en particulier.

L’hostilité ludique, une alternative aux pilules ?

Insistons au préalable sur le fait qu’il s’agit d’un jeu à la première personne (FPS) pour adultes. Johnny et Laetitia Hallyday m’obligent à préciser que ce n’est pas exactement un de ces jeux de baston auxquels on a pu les voir jouer pour le compte d’Optic 2000. Mais ce n’est pas non plus l’équivalent des programmes d’entraînement cérébral du Docteur Kawashima auxquels, toujours selon la pub, joueraient Nicole Kidman ou Michèle Laroque.

En principe réservé à des joueurs de 18 ans ou plus, Bioshock est un jeu violent et son univers est sombre. On y voit beaucoup de sang, des peaux calcinées, parfois des corps charcutés. Et pour y avancer, il faut pirater, zigouiller, détruire façon puzzle, il faut é-li-mi-ner, par des moyens plus ou moins puissants dont je vous épargne l’exposé. On aime ou on n’aime pas. Personnellement, mis à part ce jeu, le genre FPS commence un peu à me lasser.

Nous sommes donc loin a priori de ces jeux « cérébraux » inspirés des travaux d’un docteur et qui prétendent délester vos neurones du poids des ans, comme d’autres produits prétendent gommer ou atténuer vos rides éventuelles. On peut quand même voir dans Bioshock une forme de thérapie, assez saine finalement, car critique à l’égard de notre histoire récente et, entre autres choses, de notre culte pour la jeunesse et la performance. Comment ne pas rejoindre le psychanalyste Michael Stora lorsqu’il déclare que « plutôt que de prendre un antidépresseur, nombre d’entre nous gagneraient à jouer aux jeux vidéo. » [3] ?

Attention, le propos ne se résume pas pour autant au défoulement. L’enchaînement des situations, les « pouvoirs » comme la relative liberté que confèrent le jeu donnent bien souvent l’occasion de faire travailler sa matière grise. Ne serait-ce que parce que la frontière entre le bien et le mal y est particulièrement floue. Et puis il y a aussi cet humour noir, dont je suis assez friand, et qui est omniprésent ici.

L’ambiance art déco ne manque pas de cachet

Bienfaisant, le jeu l’est tout simplement par le long voyage par écran interposé qu’il permet de vivre. De quoi se réconcilier avec sa télé. L’univers décrit est le résultat d’une tentative d’utopie qui a mal tourné et avec laquelle il faut en finir ; le jeu en lui-même est une utopie réussie, qu’on achève et quitte à regret.

Je veux passer sur le fond, en dépit de nombreux mérites sur lesquels il faudrait s’attarder, pour aborder sa forme. Le plaisir qu’on tire à jouer à Bioshock est profondément marqué par ses qualités graphiques, sur lesquelles Gamekult insiste à juste titre :

« L’atmosphère qui se dégage du lieu dès les premières minutes du jeu est d’ailleurs tout simplement saisissante. […] on est en présence des plus beaux environnements réalisés pour un jeu, et ce n’est pas une question de nombre de polygones, mais de style. […] on se surprend parfois durant les premières heures à visiter Rapture [le nom de la ville où se situe l’action, ndr] comme un touriste s’émerveillant de la direction artistique de l’ensemble […]. » [2]

Je ne saurais mieux restituer cet émerveillement de tous les instants devant les décors de ce jeu. Tout se passe comme si la beauté des images nous faisait oublier la mocheté parfois incroyable de nos actes, le tout passant pourtant par le même écran. Intéressant…

L’action se situe en 1960 et je suis presque tenté de m’y croire, malgré l’existence de nombreux éléments anachroniques ou irréels (au nom de la description d’une utopie, toutes les folies sont permises !). Disons que les possibilités de la Xbox 360 ont été très habilement utilisées pour restituer une « ambiance » art déco aux mariages de formes, de couleurs, de matières et de lumière extrêmement plaisants à l’œil.

Un décor qui boit la tasse… et on ne s’en plaindra pas

Rapture est une ville sous-marine, et ce choix a certainement été dicté par le fait que l’équipe de 2K s’est montrée capable de restituer admirablement l’élément liquide [4]. Une réussite graphique particulière dans la réussite globale que constitue ce jeu. Je cite une dernière fois raggal :

« Le travail sur l’eau, élément primordial de cette cité sous-marine percée de partout, est tout simplement prodigieux. Reflets dans tous les sens, distorsions habiles en temps réel et lumières dynamiques rivalisent d’audace à chaque flaque, à chaque fuite suintant le long du mur pour donner à cette ville posée sur le fond marin un cachet graphique hors du commun. On aura beau se calmer un peu, y repenser avec du recul et brûler un dictionnaire de superlatifs, on ne peut que parler de l’un des plus beaux rendus de l’eau jamais réalisés dans un jeu vidéo. » [2]

Bioshock est quelque part entre chez Jules Verne, Charles Rennie Mackintosh, Jacques Tati, Enki Bilal, Terry Gilliam… l’univers du jazz, des crooneurs et de la réclame. L’ensemble est assez inclassable mais tant sur le fond que sur la forme, on se régale. Vivement Bioshock 2, annoncé pour… fin 2009.


Notes :
  1. Mars 2008 a été marqué par une nouvelle baisse du prix de la Xbox 360, qu’on trouve désormais en version Arcade (la moins chère) aux alentours de 200 euros (elle était à 279 euros depuis août 2007). [retour]
  2. Raggal, « Bioshock ; le test complet sur Xbox 360 », Gamekult.com, 29/08/2007. [retour] [retour] [retour]
  3. Cité par Franck Mée, « Interdire les jeux vidéo violents ? », lesnumeriques.com, 08/01/2008. (Ajout, 21/04/2008) Ceci étant dit, je comprendrais parfaitement que certaines sensibilités soient heurtées par la violence de ce jeu. [retour]
  4. (Ajout, 21/04/2008) Correction : une page francophone de Wikipédia cite une interview de Ken Levine, directeur de création : « nous avons recruté exclusivement pour ce jeu un artiste et un programmeur pour les aspects spécifiques propres aux effets de l’eau […] ». [retour]

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